Hépatite A: Une épidémie causée par des tomates séchées

SANTÉ n rapport de l'InVs indique que les légumes ont été consommés dans des sandwicheries. Le point avec une des co-auteures...

Julien Ménielle

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Photo d'illustration: des tomates séchées.
Photo d'illustration: des tomates séchées. — ANGOT/SIPA

Un petit creux qui vaut une grosse fatigue. Une épidémie d’hépatite A intervenue en France entre 2009 et 2010 a été causée par les tomates séchées proposées dans des sandwicheries, révèle ce mardi un rapport de l’Institut de veille sanitaire (InVs). Les légumes, congelés, ont été importés deTurquie et retrouvés dans huit sandwicheries de trois chaînes différentes, précise le document.

«Le virus de l’hépatite A (VHA) résiste très bien à la congélation», explique à 20Minutes Anne-Marie Roque-Afonso, professeur au centre national de référence de l’hépatite A et co-auteur du rapport. Les tomates séchées ont été produites en Turquie, «une zone de forte endémie, où le virus est très présent dans l’environnement, notamment l’eau utilisée pour la culture», précise la spécialiste.

«Le cas des framboises mexicaines aux Etats-Unis»

Le même légume, sous la même forme, a déjà été reconnu coupable d’épidémie en Australie en 2009 et aux Pays-Bas en 2010. Il n’y a cependant pas lieu de bannir la tomate de son alimentation, selon Anne-Marie Roque-Afonso, puisque c’est le mode et le lieu de production qui est en cause. D’ailleurs, «il y a déjà eu le cas des framboises mexicaines aux Etats-Unis», rappelle-t-elle.

«La transmission oro-fécale du virus de l’hépatite A par contamination directe, de personne à personne, à partir d’un sujet infecté, est la plus fréquente», indique le rapport (pdf). Comprenez l’ingestion de selles d’un patient infecté. Des matières que l’on retrouve dans l’eau dans les pays où de nombreuses personnes sont atteintes, souvent très jeunes, et immunisées contre la maladie du même coup.

Jaunisse

Au final, les 59 personnes contaminées en France s’en sont sorties sans dommage. Mais l’hépatite A peut être mortelle, même si les hépatites fulminantes ne concernent qu’un cas sur mille. Le reste du temps, le malade ressent les symptômes de la grippe, et finit par présenter un ictère (ou jaunisse). Pas bien méchant, mais Anne-Marie Roque-Afonso prévient: «Ça vaut un arrêt de travail de 15 jours à trois semaines, et on peut rester fatigué parfois plusieurs mois.»

A défaut d’être immunisé, un vaccin existe contre l’hépatite A. Très efficace, «il n’est pas obligatoire, mais seulement recommandé pour les voyageurs et certaines populations à risque», indique la spécialiste, qui précise que le produit est coûteux, et non remboursé. «Il n’y a pas de message sanitaire particulier à faire passer», poursuit-elle. Pas de psychose des tomates tueuses en vue, donc.