Pour la société française de radiologie, «il manque beaucoup trop d'IRM en France»

SANTE Le vice-président de la société française de radiologie, Laurent Verzeaux, répond pour 20minutes.fr au rapport de l'autorité de sûreté nucléaire, qui a mis en avant mercredi matin la dangerosité d'exposition aux rayons ionisants dans le secteur médical...

Propos recueillis par M.B.

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Une coronarographie est un examen d'imagerie par rayons X permettant de visualiser les artères coronaires, grâce à l'injection d'un produit de contraste. Une sonde d'exploration est introduite dans une artère (généralement fémorale) puis conduite jusqu'aux artères coronaires. Une angioplastie, technique permettant de dilater une artère coronaire rétrécie, peut être faite dans la foulée.
Une coronarographie est un examen d'imagerie par rayons X permettant de visualiser les artères coronaires, grâce à l'injection d'un produit de contraste. Une sonde d'exploration est introduite dans une artère (généralement fémorale) puis conduite jusqu'aux artères coronaires. Une angioplastie, technique permettant de dilater une artère coronaire rétrécie, peut être faite dans la foulée. — Eric Cabanis AFP/Archives

L’autorité de sûreté nucléaire a tiré la sonnette d’alarme ce mercredi concernant la dangerosité de l’exposition aux rayonnements en provenance du milieu médical. Partagez-vous cette inquiétude?

L’ASN a alerté sur ce sujet à juste titre. L’augmentation de l’irradiation médicale a été de 50% sur ces cinq dernières années, notamment en raison du nombre de scanners en France. Nous étions les parents pauvres il y a quelques années, et nous avons dû rattraper un retard considérable en la matière. Aujourd’hui nous sommes dotés d’environ 1.200 scanners sur l’ensemble du territoire, ce qui est satisfaisant. En revanche, avec environ 500 appareils, nous restons les bons derniers en matière d’IRM (imagerie à résonance médicale). Or cette technologie qui utilise l’énergie électromagnétique n’expose pas aux rayons X, et pourrait être utilisée dans de nombreux cas à la place du scanner.

Combien faudrait-il d’IRM supplémentaires?

La profession a estimé qu’il faudrait environ 350 IRM supplémentaires dans les 4-5 ans à venir. Chaque machine coûte environ un million d’euros. J’aime comparer ce prix avec celui d’un rond-point, qui coûte à peu près la même chose. Faisons un peu moins de rond-point…

Mais n’y a-t-il pas tout de même une surenchère dans la prescription de scanners?

Les scanners ont un niveau d’activité élevé, de l’ordre de 12.000 à 14.000 actes par an et par machine, soit 60 à 70 examens par jour. Mais ce n’est pas dans une volonté de faire du chiffre d’affaires. La nomenclature prévoit en effet une dégressivité du prix de l’acte: après 13.000 utilisations le tarif par examen chute à 30 euros, ce qui n’est quasiment rien. Cela est prévu pour précisément contrôler les stakhanovistes du scanner.

Mais ceux-ci existent tout de même. La profession n’est pas exempte de tout reproche…

Il y a sans doute des abus. Ce qu’il y a d’intéressant dans le rapport de l’ASN en tout cas, c’est qu’il ne cherche pas à stigmatiser, mais à trouver des solutions. Cette mise en garde a déjà permis d’alerter les constructeurs sur les niveaux de dose émis par les machines, qui sont en baisse par rapport à il y a quelques années. Les corono-scanner par exemple ont fait de formidables progrès.

Le rapport pointe des dépassements de doses chez huit professionnels de santé l’an dernier. Est-ce grave?

Les niveaux d’exposition restent relativement limités, et huit cas c’est très peu par rapport à l’ensemble de la profession. Il faut s’intéresser surtout aux modes d’exercice, car si l’on prend toutes les précautions, gants et lunettes en plomb notamment, on ne prend pas de doses.