La radiothérapie est un «souci majeur» pour l'exposition aux rayons ionisants

SANTE L'Autorité de sûreté nucléaire a annoncé ce mercredi que le nombre de cas d'expositions aux rayons ionisants dans le milieu médical est en hausse de 50% depuis deux ans...

Mickaël Bosredon

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Examiner les poumons de gros fumeurs au scanner plutôt qu'aux rayons X permet de réduire de 20% la mortalité due au cancer du poumon, révèle une étude américaine parue jeudi.
Examiner les poumons de gros fumeurs au scanner plutôt qu'aux rayons X permet de réduire de 20% la mortalité due au cancer du poumon, révèle une étude américaine parue jeudi. — AFP/CERMEP/Archives

Un nombre de cas «significatifs» en hausse de 50% en deux ans. Le nombre de personnes exposées aux rayons ionisants délivrés par l’imagerie médicale en France ne cesse d’augmenter. «C’est devenu un souci majeur» a alerté mercredi 30 mars André-Claude Lacoste, président de l’Autorité de sûreté nucléaire, lors de la présentation du rapport 2010 sur la sûreté nucléaire et la radioprotection.

Ce que l’ASN appelle «événements significatifs en radioprotection» (ESR) s’élève au nombre de 419 en 2010 dans le domaine médical. Il y en avait eu 318 en 2009, et moitié moins en 2008. 66% de ces ESR ont été déclarés en radiothérapie, et 63% concernent une exposition du patient de radiothérapie.

«Nous avons le sentiment qu’il est pratiqué en France trop de scanners. C’est bien entendu parfois indispensable, mais il existe aussi d’autres techniques, comme l’IRM (Imagerie à résonance magnétique)» analyse André-Claude Lacoste. Le président de l’ASN reconnaît que l’état du parc actuel est largement en faveur du scanner, et qu’il «faudrait le rééquilibrer». «Mais ce n’est pas le seul problème: le scanner bénéficie d’une image plus glorieuse» et serait un outil favorisé.

En moyenne, l’exposition d’un individu en France est estimée par l’IRSN à 3,7 millisiverts (mSv) par an, dont 1,3 mSv en provenance des traitements médicaux. Cette part n’était que de 0,8 mSv en 2002. Les autres sources d’exposition sont «naturelles» pour 1 mSv et dues au radon pour 1,4 mSv.

«Ne pas imiter les modèles américains et japonais»

Le personnel médical est bien entendu lui aussi exposé. En 2010 31 «événements» concernaient des personnes travaillant dans des installations médicales, dont 5 ont été classés au niveau 1 de l’échelle Ines, selon le rapport de l’ASN. Il n’y en avait eu que neuf en 2009.

«Ils sont en progression et reflètent soit des pratiques particulièrement exposantes (actes de radiologie interventionnelle de longue durée, préparations de radiopharmaceutiques), soit des professionnels particulièrement et régulièrement exposés du fait de leur expertise ou de leur compétence» note encore le rapport. Huit dépassements de la limite annuelle de dose efficace de 20 mSv et trois dépassements de la limite annuelle de dose aux extrémités (500 mSv) ont été recensés. Tous dans le secteur de la radiologie.

André-Claude Lacoste prône un travail de «persuasion» auprès des médecins et appelle l’ensemble des professionnels notamment la société française de radiologie à fournir un «effort collectif ». «C’est un sujet complexe, sur lequel nous ne pouvons pas nous avancer avec certitude. Il n’empêche que nous ne voulons pas imiter les modèles américains et japonais où il y a une multiplication des cas d’exposition, et une forte augmentation des doses reçues dans le milieu médical.»

Lire la réponse du vice-président de la Société Française de radiologie ici