Attention à ce que vous mangez ! La télévision en première ligne

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"Assiette tous risques", "Manger peut-il nuire à la santé?", "Notre poison quotidien" : les documentaires sur l'impact de l'alimentation sur la santé se multiplient à la télévision, où ils rencontrent un gros intérêt, au risque d'affoler les consommateurs.

Selon Emmanuel Suard, directeur adjoint des programmes d'Arte, ce sujet "croise des préoccupations quotidiennes" et "traduit des inquiétudes sur des dysfonctionnements dans l'industrie et les modes d'alimentation". "En termes d'audience, ce sont les soirées thématiques les plus regardées", dit-il.

En 20 ans, selon une enquête du Credoc de 2007, "la sensibilité des consommateurs à l'importance de bien manger pour leur santé a progressé régulièrement". Et la télévision, selon un baromètre Inpes (Institut national de Prévention et d'Education pour la Santé) de 2008, est pour 20% des gens une des principales sources d'information sur la nutrition.

Ces dernières semaines, les documentaires, souvent très solides, se sont multipliés sur les chaînes généralistes.

"Manger peut-il nuire à la santé ?", sur France 3, suivait la production de quatre aliments de consommation courante: pomme, pain, porc, saumon. France 2 consacrait cette semaine un des sujets de "Mots croisés" au "Poison dans nos assiettes".

"Comment tous se nourrir sans détruire la planète ?", demandait M6, qui dénonçait - pour l'environnement, mais aussi pour la santé - l'utilisation tous azimuts de l'huile de palme et l'excès de consommation de viande.

Arte - qui prévoit aussi des émissions sur la viande, le supermarché, les institutions de contrôle - proposera bientôt "Notre poison quotidien", une enquête fouillée de Marie-Monique Robin, précurseur du genre en 2008 avec "Le Monde selon Monsanto" où elle retraçait l'histoire de la multinationale.

Côté chaînes thématiques, Planète vient de proposer un documentaire sur l'aspartame, "un doux parfum de poison".

Si les téléspectateurs en redemandent, ce type d'émissions risque cependant de provoquer chez eux un embarras croissant quant à ce qu'il convient de manger.

"On ne peut pas pousser le principe de précaution jusqu'à un côté paralysant", estime Emmanuel Suard. Si ça continue, "je vais me mettre au pain sec et à l'eau, et encore, le pain sec je m'en méfierai et l'eau je la boirai avec précaution", glissait le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, cette semaine sur France 2.

Pourtant les constats des chaînes vont tous dans le même sens : trop de consommation d'huile de palme et de sodas, trop d'utilisation d'antibiotiques, pesticides ou édulcorants, attention à la viande engraissée aux substances chimiques ou aux céréales industrielles, et vive les Oméga 3 !

Bien loin de la "cacophonie alimentaire et nutritionnelle" redoutée par l'Institut pour la recherche en marketing de l'alimentation santé.

Sur les moyens d'action du consommateur, les conclusions des journalistes convergent aussi : "le pouvoir est dans le caddie", "le consommateur a le pouvoir de faire changer les méthodes des industriels en faisant attention à ce qu'il achète". "Acheter ou pas, c'est l'arme principale dont nous disposons. Il faut que les gens se mêlent de ce qui les regarde", affirmait déjà en 2008 Marie-Monique Robin.

Pour le nutritionniste Laurent Chevallier, "la télévision a un rôle évident à jouer". Mais "quand je participe à une émission, je mets un préalable : qu'on ne se borne pas à une dénonciation, qu'on recherche une solution", dit-il.