Ouvrir le don d'ovocytes aux femmes sans enfants : pas si simple

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L'ouverture du don de gamètes aux femmes et aux hommes sans enfants, adoptée par les députés, pourrait permettre de combler - au moins partiellement - la pénurie d'ovocytes en France, mais soulève aussi de délicates questions, soulignent des spécialistes.

Le don de spermatozoïdes ou d'ovocytes, anonyme et gratuit, est aujourd'hui réservé aux hommes et aux femmes ayant un enfant, avec une limite d'âge de 37 ans pour les femmes et 45 ans pour les hommes.

La pénurie est surtout sensible pour les ovocytes, entraînant des délais d'attente importants et poussant certains couples infertiles à chercher une solution coûteuse à l'étranger.

469 couples ont bénéficié d'un don d'ovocytes en France en 2008, mais 1.639 autres restaient en attente d'un don à la fin de l'année, selon les derniers chiffres de l'Agence de la biomédecine.

L'ouverture du don aux femmes sans enfants "ne résoudra pas le problème de l'offre, mais c'est un vivier supplémentaire", reconnaît le Dr Hélène Letur, co-présidente du Gedo (Groupe d'études pour le don d'ovocytes). D'autant qu'il s'agit a priori de femmes plus jeunes, aux ovocytes de meilleure qualité.

"Mais ce n'est pas sans poser des interrogations", tempère-t-elle aussitôt.

"On pare au plus pressé sans évaluer les conséquences", renchérit le Pr Louis Bujan, président de la Fédération des Cecos (Centres d'études et de conservation des oeufs et du sperme).

"Les femmes qui ont déjà un enfant et font un don d'ovocytes, ne font aucune confusion entre le gamète et l'enfant", explique le Dr Letur.

Pour les femmes qui n'ont pas d'enfant, "il y a un risque plus important de faire un amalgame entre ovocyte et enfant, avec un risque, plus tard, soit de regret, soit de surévaluation de ce don".

Autre point prévu par les députés qui questionne les médecins: la possibilité pour la femme donneuse de conserver une partie de ses ovocytes au cas où elle devrait avoir recours ultérieurement à l'assistance médicale à la procréation.

Pour le Pr Bujan, on peut parler d'"un avantage en nature".

"C'est vrai qu'on est très partagé", admet le Pr Jean-Marie Grillo, président de la Fédération française d'étude de la reproduction (FFER), soulignant qu'il y a très peu de donneuses en France, comparativement à l'Espagne où le don est rétribué (1.000 euros).

"Demander ça à des femmes sans compensation, c'est beau sur le principe" mais cela peut être difficile à appliquer dans la pratique, lâche-t-il, tout en mettant en garde contre des dérives "mercantiles".

Le don d'ovocytes est bien plus contraignant que le don de spermatozoïdes, puisqu'il nécessite un traitement hormonal lourd (stimulation des ovaires) et un geste opératoire sous anesthésie.

De plus, alors que la congélation du sperme est maîtrisée depuis les années 70, celle des ovocytes est beaucoup plus récente, seule la méthode dite de vitrification (congélation ultra-rapide), jusqu'ici interdite en France, permettant une conservation dans de bonnes conditions.

"Il est probable que la vitrification va débloquer pas mal de choses", estime le Pr Grillo. Egalement adoptée en première lecture par les députés, cette technique devra être avalisée par un arrêté du ministre de la Santé.

Pour le Pr Bujan, "le problème du don en France est mal posé". "Quand il y a une campagne d'information, il y a des donneurs. Le problème c'est qu'il n'y a pas d'actions récurrentes", regrette-t-il.

Il déplore aussi qu'"on entretienne l'illusion qu'on va pouvoir se reproduire à tout âge".

Le vote solennel du projet de loi de bioéthique est programmé mardi à l'Assemblée nationale.