Interdiction de la recherche sur l'embryon: "totale absurdité" pour Axel Kahn

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La probable reconduction, dans le projet de loi de bioéthique, de l'interdiction avec dérogations de recherche sur l'embryon est "une totale absurdité", estime le généticien Axel Kahn, président de l'université Paris-Descartes.

Q : Quelle est votre appréciation sur le texte soumis à partir de mardi aux députés?

R: "Il s'agit d'un projet de loi équilibré, qui s'enracine assez bien dans la tradition de la réflexion éthique de notre pays. Parfois j'aurais aimé telle ou telle modification, parfois je ne suis pas d'accord avec telle ou telle modification, mais globalement je jette un regard positif sur ce projet de loi".

Q : La levée de l'anonymat du don de gamètes ne sera finalement pas défendue par le gouvernement. Comment expliquer ce revirement ?

R : "La levée de l'anonymat est un problème compliqué. Et je pense que les députés ont été mal à l'aise.

C'est vrai qu'il y a des enfants qui savent qu'ils ne sont pas des enfants biologiques d'un de leurs parents. Et dans ces conditions-là, qu'on se mette en situation de leur donner des renseignements afin que leur quête ne soit pas totalement vaine, est compréhensible.

Au fond de moi, je regrette qu'on se sente absolument obligé d'indiquer aux enfants nés d'une assistance médicale à la procréation avec utilisation de gamètes de donneurs que leurs parents ne sont pas leurs parents biologiques."

Q : Que pensez-vous de la probable reconduction de l'interdiction avec dérogations de la recherche sur l'embryon ?

R : "On comprend très bien qu'en 2004 Jean-François Mattéi, catholique fervent et biologiste sachant l'importance de la recherche sur l'embryon, ait choisi cette habileté sémantique: c'est interdit, mais c'est permis pendant cinq ans. Honnêtement, c'est une habileté qui ne peut pas continuer. D'un point de vue juridique et même intellectuel, c'est d'une totale absurdité.

La recherche sur l'embryon est légitime et nécessaire. Même si je considère que l'embryon est une personne, ça n'est pas un argument pour ne pas faire de recherche, vu que l'on fait de la recherche à tous les âges de la personne humaine, c'est même la base de la recherche médicale."

Q : Et le transfert d'embryon post-mortem ?

R : "Je suis défavorable à l'insémination artificielle après le décès du conjoint. Je suis favorable au transfert d'embryon après le décès du conjoint. C'est très différent.

Manifestement, cet embryon, il procède de l'homme et de la femme, qui tous les deux voulaient clairement un enfant. Et cet embryon-là n'appartient pas à la femme, certes, mais il n'appartient à personne d'autre plus qu'à la femme, et notamment pas à la puissance publique."

Q : Y a-t-il des points que vous auriez souhaité voir figurer dans la loi ?

R : "Le projet fait totalement l'impasse sur des questions majeures. Une des questions majeures d'un point de vue éthique, c'est l'encadrement, ou du moins la définition du licite ou de l'illicite, dans le domaine des recherches en neurosciences et de la possibilité de plus en plus grande d'assujettir les pensées et les comportements humains par différents moyens.

Que l'on ait fait l'économie d'une réflexion sur ce champ est très étonnant, alors que c'est sans doute une des questions les plus importantes qui se posent pour l'avenir".