Mediator: Irène Frachon raconte aux députés des pressions et des menaces

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Irène Frachon, la pneumologue de Brest qui a mis au jour les risques de ce médicament, a raconté mercredi devant la mission parlementaire de l'Assemblée nationale sur le Mediator, réunie pour sa première séance, les pressions et les menaces dont elle a été l'objet.

"On a eu l'impression de prendre des risques", a-t-elle raconté devant une dizaine de députés membres de la mission présidée par le député PS Gérard Bapt, lui-même cardiologue, et dont le rapporteur est le député UMP Jean-Pierre Door.

Outre le Dr Frachon, participaient à cette première audition Grégoire Le Gal, professeur de médecine interne à Brest et épidémiologiste, et Flore Michelet, une jeune pharmacienne qui a publié une thèse sur la pharmacovigilance et le Mediator. Des "lanceurs d'alerte", a résumé M. Bapt.

"Quand je me suis intéressée au Mediator, un certain nombre de mes collègues étaient terrifiés pour moi", a raconté Irène Frachon.

Elle évoque des menaces de sanctions, des membres de l'Afssaps (agence du médicament) qui "téléphonent à l'hôpital pour voir s'il y a des moyens de (l')interdire d'exercice", qui cherchent s'il y a "des possibilités de recours en justice", qui "émettent des doutes sur la valeur de notre étude"...

"Devant les commissions de l'Afssaps, on avait l'impression d'arriver comme des étrangers au système", dit-elle encore. "Le praticien hospitalier qui vient avec son inquiétude est plus étranger que les labos, qui sont dans cette commission comme chez eux".

"La suspicion apparaissait noir sur blanc", affirme encore Irène Frachon, estimant que certaines commissions de l'Afssaps "avaient plus peur du laboratoire que des conséquences du laissez-faire".

"On sentait bien qu'on n'allait pas nous pardonner la moindre faute, et qu'il faudrait qu'on en réponde nous-mêmes, face aux labos", dit-elle.

"On est dans un bocal, on retrouve tous les mêmes experts dans différentes commissions", note-t-elle encore, citant un expert travaillant pour la Commission nationale informatique et libertés (Cnil, qui vérifie le protocole des études) qui était aussi délégué par l'Afssaps et "avait expertisé notre étude cas-témoins, l'avait jugée non valide et avait freiné la parution".

Elle relève aussi "l'infiltration des sociétés savantes" par les laboratoires. "La personne qui répondait au nom de Servier était trésorier d'une société de pharmacologie", affirme-t-elle.

Le Pr Le Gal a regretté pour sa part que dans les commissions, ça ait "manqué de politique". "C'était la recherche du consensus scientifique à tout prix, il n'y avait personne pour dire +maintenant ça suffit+"', a-t-il noté.

Flore Michelet a relevé enfin qu'il n'y avait "pas de détection de signes automatique, pas d'alarme sur les effets indésirables graves".

Il y a "moins de 5% des effets indésirables graves qui sont déclarés", a indiqué Irène Frachon.

"C'est une affaire assez exceptionnelle par la gravité des effets secondaires et des méthodes de désinformation du laboratoire", a dit encore Mme Frachon, soulignant "cette proximité très forte entre l'Afssaps et l'industrie pharmaceutique, et la proximité de l'industrie pharmaceutique et de la communaute médicale et de recherche".

"Les simples chartes ne servent à rien, a-t-elle ajouté. Ca ne suffit pas de demander aux gens d'être éthiques, il faut mettre des barrières extérieures".

Elle a estimé aussi qu'il ne fallait pas "assimiler cette histoire à l'ensemble de la pharmacopée française".

"C'est dur de proposer ces dernières semaines un médicament au patient, il faut restaurer la confiance", a dit le Pr Le Gal.