Santé

Mediator: premier rendez-vous judiciaire pour Servier

Le patron et fondateur des laboratoires Servier, Jacques Servier, a un premier rendez-vous avec la justice le 11 février avec une comparution devant le tribunal correctionnel de Nanterre où il a été cité par des patients traités au Mediator.

Le patron et fondateur des laboratoires Servier, Jacques Servier, a un premier rendez-vous avec la justice le 11 février avec une comparution devant le tribunal correctionnel de Nanterre où il a été cité par des patients traités au Mediator.

Représentés par les avocats François Honnorat et Charles Joseph-Oudin, ces patients ont délivré des citations directes pour "tromperie aggravée" devant le tribunal correctionnel de Nanterre.

Une première audience de consignation se tiendra le 11 février devant la 15e chambre du tribunal correctionnel de Nanterre. Les plaignants se verront fixer une somme d'argent qu'ils devront verser pour garantir le sérieux des poursuites engagées. Le procès devrait se tenir plusieurs mois plus tard.

Elles visent le groupe Servier, son fondateur Jacques Servier, âgé de 88 ans, ainsi que la société Biopharma, qui a commercialisé le Mediator, un médicament destiné aux diabétiques en surpoids, prescrit aussi comme coupe-faim à des non-diabétiques.

D'anciens cadres de Servier et Biopharma sont également visés par ces citations, selon les avocats, confirmant une information du Figaro.

La citation délivrée par Me Honnorat, consultée par l'AFP, concerne une patiente traitée au Mediator entre 1996 et 2009 et qui est atteinte d'une pathologie cardiovasculaire.

La patiente reproche au laboratoire de l'avoir "par réticence ou par mensonge, à tout le moins depuis le mois de mars 2000 et jusqu'au 30 novembre 2009 (...), délibérément trompée sur la nature, l'espèce, l'origine, les qualités substantielles, la composition ou la teneur" du médicament.

"Ces agissements ont eu pour conséquence de rendre l'utilisation de cette spécialité pharmaceutique dangereuse pour la santé" de la patiente.

Celle-ci réclame notamment 100.000 euros de dommages et intérêts "pour réparation du préjudice moral qui est résulté de cette tromperie".

Interrogé sur France Info l'avocat de M. Servier, Hervé Témime, a déclaré: "Il faut garder un minimum de raison. Cela va beaucoup trop vite. Pointer la responsabilité première et directe du laboratoire à la suite d'un rapport de l'IGAS (...) c'est pour le moins prématuré".

"Il faut respecter les droits des gens qui sont stigmatisés", a-t-il ajouté. "Croyez-moi, les choses sont bien différentes de ce que j'entends".

Le scandale du Mediator a connu ces dernières semaines d'autres épisodes judiciaires. Le 11 janvier, l'Association des victimes de l'Isoméride et du Mediator (Avim) a ainsi déposé au parquet de Paris 116 plaintes pour homicides et blessures involontaires visant ce médicament commercialisé par les laboratoires Servier à partir de 1976.

Un avocat spécialisé dans la défense des patients, Georges-Alexandre Imbert, a de son côté annoncé qu'il cherchait un accord à l'amiable avec Servier.

Le Mediator (benfluorex), un antidiabétique, avait été retiré de la vente en France en 2009 en raison des risques cardiaques encourus par les patients. Cinq millions de malades l'ont utilisé.

A l'automne 2010, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) avait révélé une estimation de la Caisse nationale d'assurance maladie selon laquelle le médicament aurait fait au moins 500 morts en 33 ans.

Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a dénoncé dimanche, au lendemain de la remise d'un rapport accablant de l'Igas, "une responsabilité première et directe" de Jacques Servier et s'est engagé à une refonte du système de contrôle des médicaments.