«L'affaire du Mediator ne fait que commencer»

SANTÉ e rapport de l'Igas remet en question le système dans sa globalité...

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Une boîte de Mediator, médicament retiré de la vente en novembre 2009 et soupçonné d'avoir causé au moins 500 morts en France.
Une boîte de Mediator, médicament retiré de la vente en novembre 2009 et soupçonné d'avoir causé au moins 500 morts en France. — AFP PHOTO/FRED TANNEAU

Rien ne sera jamais plus comme avant. Le scandale du Mediator a provoqué une onde de choc qui devrait modifier en profondeur le système de contrôle des médicaments, même si des interrogations demeurent sur le calendrier et la mise en pratique des mesures annoncées samedi par le ministre de la Santé Xavier Bertrand.

L'afssaps dans le viseur

Sollicitée par le ministère, l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) a remis samedi son rapport. Il cible particulièrement les laboratoires Servier, fabricants du médicament, et l'agence de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), qui, «empêtrée dans des procédures juridiques lourdes et complexes», a fait preuve d'une «incompréhensible tolérance» et a «failli à sa tâche».

Dans son édition de ce lundi, Le Figaro affirme que le fondateur et président du laboratoire Servier, Jacques Servier, est cité à comparaître le 11 février devant le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine). Répétant qu'il y a «urgence» à agir, le ministre a annoncé un agenda serré. Ainsi le comité de suivi (patients, professionnels de santé, autorités sanitaires), qui se réunit déjà tous les 15 jours, pourra le faire désormais «aussi souvent et aussi longtemps que nécessaire».

76 médicaments sur le gril

En ce qui concerne l'indemnisation des patients, Xavier Bertrand évoquera «en début de semaine» avec leurs associations les solutions possibles: création d'un fonds spécifique, utilisation de fonds existants, ou plainte en justice. «Je rendrai compte aux parlementaires de nos échanges et de nos travaux pour que nous décidions le plus rapidement possible», a-t-il indiqué. Il a relevé que la création d'un fonds spécifique «prendrait du temps».

Pour limiter les risques, l'Afssaps devra remettre «avant fin janvier» un bilan des 76 médicaments qui font actuellement l'objet d'une procédure de suivi. L'agence changera de directeur, et le nouveau sera «tout prochainement nommé». Le travail de l'Igas s'est limité, conformément à ses attributions, aux seuls dysfonctionnements administratifs. Le ministre en a manifesté une certaine frustration et a insisté sur le rôle qu'auront les missions parlementaires, qui pourront interroger Servier, et les actions en justice.

Missions parlementaires

«C'est une affaire de pénal, il faudra bien que les juges d'instruction, avec commission rogatoire, aillent voir ce qu'il restera des archives Servier», notait dimanche sur Europe 1 le pneumologue Philippe Even. Autre volet, les réformes de fond de la pharmacovigilance et de l'Afssaps s'appuieront sur un deuxième rapport de l'Igas attendu pour «juin au plus tard» afin de «prendre des décisions non pas dans quelques années, non pas dans quelques mois, mais le plus tôt possible».

Ce rapport se fondera sur une large concertation, qui s'engagera «dès la fin janvier» et sur «les travaux des missions parlementaires», a dit le ministre. Certes, sur ces propositions fondamentales de réforme -étanchéité des relations Afssaps/industrie, déclarations d'intérêt, réforme de l'autorisation de mise sur le marché (AMM) et du système de remboursement des médicaments...-, qui peuvent demander discussions et arbitrages, le ministre est plus «flou», constatait samedi l'UFC-Que Choisir. L'association a mis en garde contre «les effets d'annonce» et regrettait l'absence de calendrier.

«L'affaire du Médiator ne fait que commencer»

Le député PS Gérard Bapt, particulièrement actif sur le dossier Mediator, qui va présider la mission d'information de l'Assemblée, s'est insurgé contre le point de vue de l'association. «Si le ministre présentait un calendrier avec les mesures à prendre, autant clore tout de suite les missions parlementaires», indiquait-il dimanche à l'AFP. «On regrette souvent que le gouvernement ne tienne pas compte du Parlement. Là, le ministre dit "on va attendre le travail des missions parlementaires", on ne peut pas s'en plaindre!».

«A l'évidence, et au vu de ses conséquences, l'affaire du Médiator ne fait que commencer», soulignait ce week-end le député PS de Paris -et médecin- Jean-Marie Le Guen.