Mediator: Bertrand réclame une refonte du contrôle des médicaments

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Le ministre de la Santé Xavier Bertrand s'est engagé samedi à bâtir "un nouveau système" de contrôle des médicaments plus indépendant de l'industrie pour éviter un "nouveau Mediator", dénonçant la responsabilité des laboratoires Servier dans ce scandale sanitaire.

"Il y a un faisceau d'indices extrêmement lourds qui indiquent une responsabilité première et directe des laboratoires Servier dans ce drame du Mediator", a dit le ministre après la présentation des conclusions du rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) qu'il avait commandité.

Dans un texte de près 240 pages, l'Igas dresse un tableau sombre du rôle joué par le laboratoire français, l'accusant notamment d'avoir "anesthésié" les acteurs de la chaîne du médicament. L'Igas juge même qu'ils ont "roulé dans la farine" deux anciens présidents de commission de l'Autorisation de mise sur le marché (AMM).

Le Mediator a été finalement retiré du marché en 2009 mais "ce retrait aurait pu intervenir dix ans plus tôt", affirme l'Igas dans ses conclusions.

Entretemps, cet antidiabétique, largement détourné comme coupe-faim, a causé de 500 à 2.000 morts, selon les estimations de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps).

"C'est pire que ce que l'on pensait", a réagi Irène Frachon, la pneumologue à l'origine de la révélation du scandale. "La totalité de ces données scientifiques assez simples -un poison qui ne sert à rien- étaient déjà dans les mains de l'Afssaps depuis plus de dix ans", a-t-elle dit.

Le ministre a de nouveau affirmé qu'il y aurait une indemnisation "juste et rapide" des victimes du Mediator, soulignant que les différentes options possibles, dont la création d'un fonds d'indemnisation, seraient examinées avec les associations de patients.

Dans une première réaction, les laboratoires Servier se sont étonnés que l'Igas puisse leur faire porter des responsabilités "qui ne leur apparaissent pas conformes à la réalité".

Le deuxième groupe pharmaceutique français a "tenu à rappeler" qu'il n'avait pas été entendu dans le cadre de cette enquête, strictement administrative, et n'a donc "pu faire entendre (son) point de vue".

Pour l'Igas, c'est l'ensemble du système qui est à revoir: "La chaîne du médicament fonctionne aujourd'hui de manière à ce que le doute bénéficie non aux patients et à la santé publique, mais aux firmes", notent-ils.

"La multiplicité des instances sanitaires chargées du médicament, leur cloisonnement et la complexité de leur fonctionnement rendent le système lent, peu réactif et contribuent à une dilution des responsabilités", disent les auteurs du document.

Pour Xavier Bertrand, "le rapport montre clairement que la police du médicament a failli à sa mission".

"Mon devoir est de rebâtir un nouveau système de sécurité sanitaire avec l'objectif que, demain, il n'y ait pas un nouveau Mediator", a déclaré le ministre lors d'une conférence de presse, après la présentation des conclusions de l'Igas.

A propos de l'Afssaps, le ministre a souhaité "trouver une nouvelle direction", souhaitant le remplacement de Jean Marimbert, en poste depuis 2004, par un "binôme complémentaire", composé d'un professionnel du monde de la Santé et d'un profil plus administratif.

Pour garantir une meilleure étanchéité entre les laboratoires et les autorités sanitaires, Xavier Bertrand a proposé samedi que le financement de l'Afssaps soit désormais assuré par une subvention de l'Etat et non plus directement par les contributions de l'industrie: l'Etat percevrait et redistribuerait ces redevances, en lieu et place de l'Afssaps.

Pour Aquilino Morelle, qui a conduit les travaux et présentait samedi les conclusions du rapport, le Mediator a bénéficié dès le départ, lors de son autorisation d'AMM accordée en 1974 avant sa commercialisation en 1976, d'une "incompréhensible tolérance" de la part de l'Afssaps.