Salles de consommation de drogues: réactions mitigées à l'opposition de l'Académie de médecine

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L'opposition aux salles de consommation de drogues, exprimée mercredi par l'Académie de médecine, a été salué jeudi par la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), mais décriée par les partisans d'une expérimentation dans ce domaine.

"Je me félicite de l'approche de l'Académie de médecine", qui a manifesté son opposition à cette mesure "à une écrasante majorité" et "conforte la position du gouvernement et du Premier ministre", a déclaré à l'AFP Etienne Apaire, président de la Mildt.

Certains partisans des salles de consommation ont de leur côté dénoncé un avis "idéologique".

L'Académie de médecine s'est dite opposée mercredi à la création de salles d'injections pour toxicomanes, estimant notamment qu'on ne pouvait demander à des médecins de superviser ce qu'elle appelle des "intoxications médicalement assistées".

L'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) avait émis à la mi-2010 une recommandation favorable à la mise en place expérimentale de centres de consommation supervisés, après avoir étudié les dispositions de réduction des risques (RDR) dans différents pays chez les usagers de drogue.

Après cette expertise, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot s'était prononcée en faveur d'une expérimentation.

Or, fait valoir M. Apaire, "les experts de l'Inserm n'étaient pas tous médecins. Or là, nous avons non pas une expertise mais un avis de médecins qui tient compte de l'éthique médicale, et qui dit très clairement qu'il y a plus de risques que de bénéfices en ce qui concerne les +salles de shoot+".

"J'utiliserai la semaine prochaine devant les parlementaires cet avis", a conclu M. Apaire, appelé à s'exprimer le 19 janvier devant une commission Assemblée-Sénat sur le sujet.

Les partisans d'une expérimentation des salles de consommation se sont indignés des conclusions de l'Académie de médecine en les qualifiant d'"idéologiques".

"On n'est pas obligé d'être favorable à ces solutions mais dans le cas de l'Académie de médecine, qu'on le fasse au nom d'arguments médicaux, pas idéologiques", a déclaré à l'AFP Jean-Pierre Couteron, président de l'Association nationale des intervenants en toxicomanie et addictologie (Anitea).

Or, dit-il, cet avis "se réfère peu aux études scientifiques sur ce sujet et il y a des confusions: ils parlent d'injections médicalement assistées, or dans les salles de consommation c'est l'usager qui s'injecte, les médecins et infirmiers n'y participent pas. La salle de consommation consiste juste à ouvrir un espace sécurisé" pour les toxicomanes.

"L'Académie de médecine se couvre de ridicule", déclare l'association Act Up dans un communiqué, en estimant que cet avis "témoigne d'une ignorance crasse des phénomènes d'addiction en général et des salles de consommation en particulier".