Mediator : 116 plaintes déposées au tribunal de Paris

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Le scandale de santé publique sur le médicament Mediator a franchi mardi une nouvelle étape avec le dépôt à Paris de 116 plaintes pour homicides et blessures involontaires, laissant présager le choix de la voie judiciaire plutôt qu'un règlement amiable par les victimes.

Dix plaintes ont été déposées pour homicide involontaire et 106 pour blessures involontaires par le président de l'association des victimes de l'isoméride et du Mediator (Avim), Dominique-Michel Courtois, accompagné d'une dizaine de victimes présumées au tribunal de grande instance de Paris.

"Des centaines d'autres plaintes sont en préparation. Il s'agira de milliers de plaintes", a déclaré l'avocat de l'association bordelaise, Jean-Christophe Coubris.

Une première plainte contre le Mediator avait été déposée fin novembre à Nanterre avant que le parquet de Paris ne soit saisi.

D'autres associations devraient se joindre à cette démarche. UFC-Que Choisir a annoncé une plainte contre X à Paris "avant jeudi".

La justice a ouvert en décembre une enquête préliminaire sur le Mediator du le laboratoire Servier. Un médicament antidiabétique prescrit à quelque cinq millions de Français de 1976 jusqu'à fin 2009, date de son interdiction.

Il est accusé d'être à l'origine de la mort de 500 à 2.000 personnes selon des estimations et d'avoir provoqué de graves lésions cardiaques chez des milliers d'autres.

A sa sortie du tribunal, Me Coubris a espéré que "la nomination d'experts ne prendra que quelques semaines" et souhaité qu'"en 2011, on ait un premier éclairage".

"La situation est gravissime. Les expertises mettront en évidence les dysfonctionnements que va révéler cette triste affaire", a-t-il dit.

Entre autres "dysfonctionnements", le 2e avocat de l'Avim, Me Philippe Courtois, relève "l'absence d'étude sur le Mediator, que l'agence européenne du médicament avait demandée à Servier en 2002 et qui n'a jamais été faite".

"On peut se poser la question des rapports entre les experts et les laboratoires", a-t-il expliqué, jugeant "pas du tout fiable l'expertise italienne" sur laquelle se base Servier pour calculer le nombre de victimes potentielles.

L'Avim espère "une nouvelle étude de recomptage" des victimes, a ajouté Me Courtois. Car le rapport de l'Igas, dont la publication est attendue d'ici à samedi, "est une enquête administrative qui ne concerne que les rapports des experts avec Servier".

"J'espère qu'on va savoir où cela a disjoncté et pourquoi ça a disjoncté", a déclaré le Dr Courtois dont la démarche vise " la sanction pénale éventuelle des responsables et l'indemnisation des préjudices subis par les victimes".

Dimanche, Servier s'est dit "prêt à assumer sa responsabilité si elle est engagée".

L'évolution de ce nouveau scandale sanitaire est suivie de près au ministère de la Santé : une réunion du comité de suivi Mediator est prévue mercredi soir autour de Xavier Bertrand qui s'est engagé mardi devant les députés pour une indemnisation "juste et rapide" des victimes.

Pour la première fois, le ministre a évoqué la question d'un conflit d'intérêt, prônant "une transparence au niveau des agences de santé" et même des déclarations d'intérêt "pour les membres des cabinets ministériels".

Et d'après Le Canard enchaîné à paraître mercredi, deux médecins nommés conseillers techniques par M. Bertrand à son arrivée au ministère de la Santé en 2005, avaient des liens avec le laboratoire Servier.

Le Parlement s'est aussi saisi de l'affaire en mettant en place, à la demande de la gauche, deux missions d'informations au Sénat et à l'Assemblée.