Essoufflements, troubles cardiaques: les victimes du Mediator témoignent

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Fatigue, essoufflements, troubles cardiaques: les victimes du Mediator ont témoigné de leurs souffrances pour lesquelles elles demandent des comptes avec des plaintes contre le laboratoire Servier déposées mardi à Paris.

Prescrit à des diabétiques, le Mediator fabriqué depuis 1976 par le laboratoire Servier a souvent été utilisé comme coupe-faim par des patients en surpoids. Il est accusé d'être à l'origine de 500 à 2.000 décès et de graves lésions cardiaques chez des milliers de malades.

"J'ai pris Médiator durant 10 ans, jusqu'à son interdiction", témoigne Nadine Godafleau, 66 ans, une habitante de Vincennes qui a tenu à venir elle-même apporter sa plainte, l'une des 116 déposées mardi à Paris par l'association des victimes de l'isoméride et du Mediator (Avim).

"Je ne l'ai pas pris pour des raisons de diabète mais pour triglycérides (lipides du plasma, ndlr) que j'avais un peu élevés" mais "cela ne m'a pas fait maigrir spécialement", ajoute-t-elle.

Alertée cet été par des informations de presse, Mme Godafleau a demandé une échographie cardiaque. "C'est là que j'ai vu une fuite aortique". "Je viens témoigner pour les gens qui sont atteints gravement, pas pour obtenir de l'argent", précise-t-elle.

A ses côtés, Fathia Bridjia, 50 ans, mère de 4 enfants, vit à Montreuil. Diabétique, elle a pris du Mediator durant 18 mois, jusqu'à décembre 2009, date de son interdiction. Elle est, depuis, hospitalisée régulièrement après avoir découvert des irrégularités cardiaques. "Le médecin ne m'a pas prévenue des risques", témoigne-t-elle tout en le dédouanant: "il ne l'a pas fait exprès".

"J'étais toujours fatiguée, on croyait que c'était de l'hypertension mais on a trouvé que c'était une problème de valve cardiaque". "J'ai des preuves que c'est le Mediator, mon médecin a fait des attestations", ajoute-t-elle en réclamant d'être "indemnisée". Mais surtout elle veut "savoir pourquoi Servier ne l'a pas retiré avant" 2009.

Yaël Chauvrau-Caron est là pour son amie Nathalie, décédée le 24 décembre 2010 et dont la mère a porté plainte. Traitée de novembre 2007 à fin 2008, "pour des problèmes de triglycérides", son amie n'était "absolument pas diabétique ni en obésité".

"Pour elle, cela a été une bombe à retardement", se souvient-elle. Nathalie a subi d'urgence une greffe du coeur qui n'a pas pu la sauver. "Dès qu'elle a eu des problèmes de coeur, on a mis le doigt sur le Mediator. Le médecin a fui, c'est à l'hôpital que le diagnostic a été fait", explique Yaël.

Dominique Dargia a pris du Mediator "pour faire diminuer le taux de sucre dans le sang et pour faire un régime". Il n'était pas diabétique, mais a fait en 2009, un oedème pulmonaire qui l'a conduit aux urgences, en réanimation. "Les valves sont complètement atteintes. Pour le moment, c'est stabilisé mais je risque de subir une grosse opération pour changer les valves", craint-il.

"Je n'en veux pas à mon généraliste mais à Servier qui a laissé son médicament si longtemps sur le marché", dit-il.

Président de l'association Avim, le Dr Dominique-Michel Courtois, qui a tenu à porter plainte au pénal, estime qu'"au fur et à mesure des expertises, on devrait voir éventuellement apparaître des complications qui aujourd'hui ne sont pas décelées pour le moment", chez d'autres patients.