Lutte contre le tabagisme : le gouvernement ne baissera pas la garde

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"Pas question de baisser la garde" : le ministre de la santé Xavier Bertrand a assuré lundi, pour le 20ème anniversaire de la loi Evin contre le tabagisme, que les contrôles "vont continuer" et seront même "renforcés", prévoyant des "mesures complémentaires" d'accompagnement.

Aux côtés de sa secrétaire d'Etat à la santé Nora Berra, le ministre avait organisé dans un café du XIVème arrondissement de Paris une réunion d'information avec Claude Evin, ancien ministre de la santé et actuel président de l'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France, les représentants du secteur cafés-restaurants et des associations anti-tabac.

La loi Evin "contre le tabagisme et l'alcoolisme", du 10 janvier 1991, interdit notamment de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif, sauf dans des emplacements réservés. Le décret d'application de cette mesure n'est intervenu qu'en novembre 2006, alors que Xavier Bertrand était déjà ministre de la santé, et n'a été applicable qu'en janvier 2008 aux cafés et restaurants.

M. Evin s'est réjoui qu'aujourd'hui les choses aient "considérablement changé". "La loi est globalement bien acceptée, et tout le monde s'en félicite", a-t-il affirmé, notant cependant des "velléités d'échapper à la réglementation".

Le problème essentiel, pour nombre de participants à la réunion, vient des terrasses complètement fermées par des bâches en plastique transparentes, qui ne laissent pas passer l'air et ne peuvent donc être considérées comme des terrasses ouvertes pouvant accueillir des fumeurs.

Pour M. Evin, y autoriser la cigarette constitue "un détournement du décret". Il a plaidé pour un nouvel effort de pédagogie, "pour faire changer les comportements". Mais si cela ne suffit pas, "le législateur a prévu des sanctions, il faudra y arriver".

Didier Chenet, président du principal syndicat des restaurateurs et cafetiers, le Synhorcat, a rappelé que les cafés et restaurants faisaient "25 à 30% de leur chiffre d'affaires" sur les terrasses, qui constituaient donc pour eux un domaine sensible. Il a promis néanmoins de "réexpliquer le problème aux professionnels" et de "faire une piqûre de rappel" aux clients contrevenants.

Pour Xavier Bertrand, il n'est pas question de "baisser la garde" : on sera "intraitable sur le respect de la loi", "partout et par tous", a-t-il dit. Selon lui, des "mesures complémentaires" d'accompagnement seront prises dans les prochains mois, sans plus de précisions.

Bertrand Dautzenberg, président de l'Office français de prévention du tabagisme (OFT), est allé plus loin en demandant que "ce soit le ministre de la santé et non le ministre du budget qui s'occupe du problème du tabac".

Il a rappelé les trois dernières augmentations du prix des cigarettes de 6%, "comme le voulait l'industrie". M. Bertrand a plaidé l'"opération européenne concertée", pour éviter les achats transfrontaliers ou de contrebande.

Le Pr Dautzenberg a regretté aussi la non-prise en charge des traitements d'aide à l'arrêt de la cigarette, estimant que la dépendance tabagique devait être considérée "comme une maladie normale".

Interrogé par le ministre, le personnel du café a affirmé que les clients "se sont adaptés et ont joué le jeu". L'un des garçons a relevé qu'on avait "perdu du côté ambiance" et qu'un café sans fumeurs était "un peu moins convivial". Un autre a estimé que cela avait permis "un retour de clients qui ne venaient plus", comme les femmes avec enfants.