Polémique autour du Champix: «Des cas suspects en France»

ENTRETIEN Le docteur Anne Castot, responsable du service de gestions des risques des médicaments à l'Afssaps, fait le point sur ce traitement de sevrage tabagique...

Propos recueillis par Corentin Chauvel
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F.DURAND / SIPA

Aux Etats-Unis, plus de 1.200  plaintes ont été déposées contre les effets secondaires du Chantix (comportement  suicidaire, voire passage à l’acte), l'équivalent américain du Champix, un  médicament de sevrage tabagique fabriqué par le laboratoire Pfizer. En France,  l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) est au  courant de ces cas suspects, mais n’envisage aucun retrait du produit pour le  moment, comme l’indique à 20minutes.fr le docteur Anne Castot, responsable du  service de gestions des risques des médicaments.

Que pouvez-vous  dire sur le Champix?
C’est un médicament de sevrage tabagique, forcément  prescrit par un médecin généraliste ou un tabacologue, utilisé soit en première  ligne, soit lorsqu’un autre traitement n’a pas marché. Depuis sa mise sur le  marché en février 2007, le Champix a été prescrit à 1,4 million de patients et  il a trouvé sa place parmi les autres médicaments du même type, parce qu’il peut  être efficace, même s’il est beaucoup moins utilisé que les substituts  nicotiniques.

A-t-il fait l’objet d’une surveillance  particulière?
Oui, c’est un produit très surveillé. Comme il s’agit d’une  nouvelle molécule, un plan de gestion des risques a été mis en place dès sa mise  en vente, avec une surveillance intensive, nationale et européenne, et une  vigilance extrême des risques pour les patients. 

Qu’en est-il des  cas suspects révélés aux Etats-Unis?
Ils sont connus et il y a eu des cas  rapportés en France aussi. Depuis sa mise sur le marché, le champix a fait  l’objet de points très réguliers pour évaluer l’ensemble des effets indésirables  et ceux-ci sont communiqués à l’Afssaps. D’ailleurs, le champix a vu sa notice  modifiée en 2008 en raison de symptômes entraînant notamment des comportements  dépressifs et suicidaires. Ce sont donc des éléments connus qui ont fait l’objet  de mises en garde et de précaution d’emploi. Si ces symptômes apparaissent, il  faut observer le patient et arrêter le traitement.

Sait-on à quoi  sont liés ces symptômes?
Non, nous ne sommes pas capables d’établir un  lien avec le médicament, de savoir s’ils sont liés au sevrage, à une maladie  sous-jacente ou au traitement lui-même. C’est ainsi une invitation à une  vigilance extrême et c’est pour cela que l’on a prévu de réévaluer le champix en  février.

Qu’est-ce qui pourrait le faire retirer du  marché?
Je ne peux pas vous répondre, tout dépend des réévaluations, de  savoir quel est le risque acceptable. Si les données étrangères sont prises en  compte, on n’en est pas là. Mais il faut faire attention parce que, même si cela  part d’une bonne intention, à force de diaboliser les médicaments, on va se  retrouver avec des patients en détresse et il ne faut pas oublier le poids du  tabagisme.