La cigarette électronique, leurre ou panacée ?

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L'entrée en vigueur d'une sévère loi anti-tabac en Espagne et la fermeture pendant 9 jours d'une discothèque parisienne pour cause de tabagisme va peut-être donner un coup de pouce à la cigarette électronique.

Unanimement décrié, ce produit connaît cependant une forte progression selon ses promoteurs.

"Nous constatons une progression de 30% par an de nos ventes depuis 2007, année de lancement de notre produit", a déclaré à l'AFP un responsable d'EdSylver, un site internet spécialisé dans la vente de cigarettes électroniques.

Ce site propose ses produits à la fois en ligne et dans des bureaux de tabac dans toute la France.

Comme tous ses concurrents, la cigarette EdSylver est produite en Asie, notamment en Chine, où ce produit a été inventé en 2004. La cigarette en plastique, présentée comme totalement inoffensive pour le fumeur et son entourage par ses fabricants, contient de la nicotine et de la glycérine végétale.

Ce passeport de virginité est absolument contesté par les milieux médicaux et scientifiques. Ainsi, l'OMS (Organisation mondiale de la santé) a violemment dénoncé, lors d'un congrès en novembre en Uruguay, la cigarette électronique, accusée de "saboter sa stratégie anti-tabac, destinée à encourager les gens à arrêter de fumer", selon l'expert Edouardo Bianco.

Les cigarettes électroniques sont en fait des mini-aérosols, qui dégagent de la fumée artificielle aromatisée, avec ou sans nicotine.

"Je suis très content, j'arrive à reproduire le geste du fumeur, sans la nocivité de la nicotine", déclare ainsi cet adepte qui "fume" une de ces cigarettes, dans la version sans nicotine.

"J'avais envie d'arrêter, une amie m'en a parlé, et je suis adepte depuis 2 mois", témoigne pour sa part ce photographe conquis également. Se présentant comme un fumeur "non-accroc" au tabac, et ayant testé sans succès les patchs anti-tabac, il se réjouit "avoir retrouvé le geste du fumeur", qui lui manquait tant, lors de ses longues planques avec ses confrères.

Pour le professeur Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme (CNCT), la cigarette électronique est à la fois "une arnaque et un gadget".

"Ce produit ne présente aucun intérêt médical pour arrêter de fumer, il y a d'ailleurs des pays qui l'interdisent", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Pour l'instant, ce produit n'a pas été évalué de façon scientifique", a-t-il ajouté, rejoignant ainsi la position de l'OFT (Office français de prévention du tabagisme).

Pour l'OFT, "les cigarettes électroniques restent des produits ambigus et non étudiés, qui sont présentés par les fabricants tantôt comme une aide à l'arrêt (...) tant comme un produit permettant de +fumer+ dans des lieux clos et couverts".

L'OFT condamne aussi le fait que ces cigarettes soient vendues en pharmacie, ce qui est "de nature à tromper les consommateurs en leur laissant croire que ces produits ont fait l'objet d'études suffisantes d'efficacité et de nocivité, ce qui n'est actuellement pas le cas".

Les buralistes de leur côté disent ne pas en vendre beaucoup. "Cela ne marche pas du tout, certains de nos adhérents ont encore des stocks datant de l'année dernière", a déclaré Gérard Bohelay, président de la Fédération des buralistes de Paris-IDF.

Une affirmation balayée par les fabricants qui rétorquent que les buralistes sont sous la coupe du lobby de l'industrie du tabac, qui voit d'un mauvais oeil ce concurrent.

"Nous voyons au contraire une hausse des ventes chez les buralistes situés dans les régions frontalières, qui considèrent la cigarettnb/but/DS