La grippe arrive: le seuil épidémique a été franchi

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La grippe arrive et le seuil épidémique a été franchi mais il est encore temps pour se faire vacciner, disent les spécialistes alors que les Français paraissent tarder à suivre ce conseil.

Deux réseaux, GROG et Sentinelles Inserm, chargés de surveiller l'évolution de la maladie en France, ont fait savoir mercredi que le seuil épidémique avait été franchi en métropole.

"L'épidémie ne fait que commencer, les personnes à risque et les retardataires peuvent encore se faire vacciner", dit le réseau GROG (Groupes régionaux d'observation de la grippe) qui effectue des prélèvements des virus en cause, A(H1N1)2009, A(H3N2) et B, pris en compte par le vaccin actuel.

Depuis le début de la surveillance, le réseau des services de réanimation a signalé 15 cas graves dont un décès. En parallèle, dix autres cas graves ont été signalés dont 5 décès, portant le total des cas graves recensés depuis le 22 novembre à 25 (dont 6 décès), selon un nouveau point mercredi soir de l'Institut de veille sanitaire (InVS).

Le précédent bilan faisait état de 6 cas graves admis en réanimation dont deux décès.

La vaccination commence à protéger à partir de dix jours (apparition des anticorps), mais n'est pleinement efficace qu'au bout de deux semaines après l'injection, explique le Dr Jean-Marie Cohen, coordonnateur du réseau GROG.

En métropole, 176.000 nouveaux cas de syndromes grippaux ont été vus en médecine générale, selon le réseau Sentinelles.

Le seuil épidémique a été franchi la semaine dernière, relève ce réseau qui a ainsi estimé le nombre de nouveaux cas à 280 pour 100.000 habitants, dépassant ainsi le seuil épidémique (174 cas/100.000 habitants).

"La moitié nord du pays est la plus touchée, notamment l'Ile-de-France, la Basse et la Haute-Normandie ainsi que le Nord Pas-de-Calais", ajoute le réseau GROG.

D'autres régions, comme le Centre, la Bretagne, la Franche-Comté, le Limousin, Poitou-Charentes ou encore Rhône-Alpes, ont franchi le seuil épidémique, selon le réseau Sentinelles qui compte les grippes dépassant 39 degrés de fièvre, tandis que le réseau GROG englobe celles avec de moins forte fièvre.

Face à l'épidémie, notamment au H1N1, une grossesse, une forte obésité ou une des maladies ciblées par la vaccination (asthme, diabète, insuffisance respiratoire ou cardiaque, bronchite chronique grave...) font partie des facteurs de risque.

Par ailleurs, à la Réunion où l'épidémie est terminée, il y a eu six morts par grippe.

Déjà en Grande-Bretagne, 27 personnes (dont neuf enfants) ont succombé à la grippe ces trois derniers mois. Vingt-quatre de ces morts sont attribués à la souche H1N1 (A/H1N1/2009) qui avait provoqué l'alerte générale dans le monde en 2009, selon l'agence de la santé (Health Protection Agency).

A côté de la souche H1N1, le virus B, réputé peu dangereux, est impliqué dans la survenue de 3 décès britanniques et de cas sévères admis en réanimation avec recours à une technique lourde d'assistance extra-corporelle (Arec ou Ecmo en anglais) assurant l'oxygénation jusqu'à ce que les poumons défaillants reprennent du service. "Les virus de la grippe sont imprévisibles", commente le Dr Cohen.

La mortalité due à la grippe a été divisée par dix grâce au vaccin en 40 ans en France ainsi que dans les autres pays industriels, selon une récente étude de l'Institut d'études démographiques (Ined).

Pourtant, selon l'Assurance maladie, sur les 12,5 millions de personnes invitées à se faire vacciner gratuitement contre la grippe saisonnière seulement 5,5 millions ont répondu positivement depuis le lancement de la campagne.

Les idées fausses sur les vaccins et l'échec de la vaste opération de vaccination contre le virus HIN1 pandémique en 2009 ne facilitent guère la mission des autorités sanitaires.

Début décembre, on enregistrait ainsi 15% de vaccinations en moins qu'à la même période en 2007 et 2008.