Les infections à méningocoques en recul en Seine-Maritime, un département particulièrement touché

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La Seine-Maritime, qui était confrontée à une surendémie d'infections invasives à méningocoques, a retrouvé une situation proche de la normale au cours des derniers mois, notamment grâce à une vaste campagne de vaccination, selon des sources médicales.

«Ne pas relâcher la vigilance»

«Le département, qui était en tête en France pour l'incidence de ces infections, est tombé au sixième rang selon le bulletin épidémiologique national», indique le Dr Jean-Philippe Leroy, coordonnateur de la campagne de vaccination lancée dans la région de Dieppe, où la surendémie était particulièrement prononcée. Ce médecin appelle toutefois à «ne pas relâcher la vigilance» en poursuivant la vaccination contre ces infections qui peuvent prendre la forme de méningites foudroyantes. «La souche est toujours bien présente et un retournement de tendance peut se produire, à la faveur de peu de choses», met-il en garde.

De même Micheline Hornung, une Dieppoise qui a perdu un enfant de cette infection et qui préside une association d'aide aux familles, se veut prudente. «On est satisfait de voir que l'on est dans l'amélioration mais il est trop tôt pour se reposer sur des acquis», dit-elle.

Un département particulièrement touché

Les progrès depuis les débuts de la surendémie, apparue en 2003 pour des raisons qui restent encore inconnues, semblent toutefois très nets. Dans ce département, l'incidence de ces infections était devenue presque trois fois plus importante que la moyenne nationale. En 2008, 49 cas avaient ainsi été recensés dont cinq mortels alors qu'en 2010 leur nombre est tombé à 14 et surtout aucun décès n'a été à déplorer.

Le Dr Jean-Philippe Leroy tempère ces résultats en notant que cette baisse enregistrée partout en France pourrait être en partie «conjoncturelle» parce qu'elle coïncide avec une chute du nombre des grippes. «L'année a été calme pour la grippe et l'on sait qu'il existe un lien temporel et quantitatif entre infections invasives à méningocoques et grippe», explique-t-il.

Une campagne de vaccination salvatrice

Mais il estime que la vaccination entamée à Dieppe et dans sa région en 2006 et élargie à une partie de la Somme en 2009 a contribué à cette «forte diminution» même si elle n'en pas été la cause unique. «La régression a été très, très nette à partir du moment où on a vacciné largement», assure-t-il. La campagne engagée vise à lutter contre une souche particulièrement virulente de type B, baptisée «B:14:P1-7,16», à l'origine de 80% des cas recensés dans la région de Dieppe. Au total, quelque 50.000 personnes âgées de deux mois à 19 ans, soit 60 à 70% de la population avisée, ont déjà reçu les trois ou quatre doses nécessaires.

La campagne, qui a pour objectif de vacciner à terme tous les enfants et adolescents de Seine-Maritime, a été longue à mettre en oeuvre en raison de l'absence de véritable production industrielle du vaccin. Celui-ci est actuellement fourni par l'institut public norvégien de la santé, qui avait dû faire face à la même surendémie dans les années 1980. Mais ses capacités sont réduites et les autorités françaises de santé attendent beaucoup d'un autre vaccin, élaboré par le laboratoire suisse Novartis, qui vient d'en demander l'homologation à l'Europe. Celui-ci couvrirait plus de 70% des méningocoques de type B et pas seulement le «B:14:P1-7,16», cible unique du norvégien. Mais il ne sera pas disponible avant fin 2012, selon le Dr Leroy, et d'ici là, la France devra continuer à faire avec les seules 100.000 doses annuelles fournies par l'institut norvégien. «Ce sont des stocks très contingentés qu'il faut distribuer avec parcimonie et à bon escient», dit-il.