Mediator: Une prise en charge «intégrale» pour toutes les victimes, annonce Xavier Bertrand

SANTE Il appelle tous les patients ayant pris ce médicament à consulter leur médecin traitant.

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Une boîte de Mediator, médicament retiré de la vente en novembre 2009 et soupçonné d'avoir causé au moins 500 morts en France.
Une boîte de Mediator, médicament retiré de la vente en novembre 2009 et soupçonné d'avoir causé au moins 500 morts en France. — AFP PHOTO/FRED TANNEAU

Toutes les victimes du Mediator bénéficieront d'une «prise en charge intégrale par l'assurance maladie», a annoncé le ministre de la Santé Xavier Bertrand, appelant une nouvelle fois les patients ayant pris ce médicament à consulter leur médecin traitant.

«Pour tous ces patients qui ont pris du Mediator, il y a aura une prise en charge intégrale par l'assurance maladie -intégrale-», a déclaré le ministre sur RTL.

La décision a été prise mercredi lors de la réunion du comité de suivi piloté par la Direction générale de la Santé, a-t-on indiqué dans l'entourage du ministre.

Satisfaction des associations

L'association française des diabétiques (AFD), qui représente le Collectif interassociatif sur la santé (Ciss) au sein du comité de suivi, s'est félicitée de cette décision.

Elle avait demandé pour toutes les personnes ayant pris du Mediator, dont près des deux-tiers comme coupe-faim, la prise en charge à 100% des examens de contrôle de l'état du coeur par échocardiographie.

«Le ministre nous a confirmé que cette demande était prise en compte. Nous nous en félicitons», a déclaré à l'AFP Jacques Le Disez, de l'AFD.

«On est face à une catastrophe sanitaire réelle, on se félicite que l'Etat en ait pris la mesure», a-t-il ajouté.

Le Mediator (benfluorex), médicament destiné aux diabétiques en surpoids et largement détourné comme coupe-faim, a été commercialisé en France par les laboratoires Servier de 1976 à novembre 2009, date de son retrait du marché.

Utilisé par 5 millions de personnes, dont 2,9 millions qui l'ont pris pendant plus de 3 mois, il pourrait être responsable d'au moins 500 à 2.000 décès, selon les estimations.

Le Mediator provoque un surrisque de valvulopathies, de graves atteintes cardiaques. L'hypertension artérielle pulmonaire est une autre de ses complications, mais moins fréquente.

Le ministre de la Santé a recommandé à plusieurs reprises à toutes les personnes qui ont pris ce médicament de consulter un médecin. La recommandation s'adresse tout particulièrement à ceux qui en ont pris pendant trois mois au cours des quatre dernières années.

"On parle de transparence, il est important que la transparence se situe aussi au niveau de la recherche et du recensement de toutes les personnes touchées", a estimé M. Le Disez.

Un premier contingent de 350.000 lettres de la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) a été adressé aux personnes qui ont pris du Mediator dans les deux dernières années de sa commercialisation, et la Cnam va refaire un envoi début janvier portant sur une année supplémentaire, a-t-il indiqué. Un envoi de la Mutualité sociale agricole et du Régime social des indépendants "part ces jours-ci".

Entre 1999 et 2009, au titre du remboursement, le Mediator a coûté 423 millions d'euros à la Sécurité sociale et aux complémentaires santé, selon une note confidentielle de l'Unocam (qui réunit fédérations d'assurances et mutuelles complémentaires santé) citée vendredi par Le Parisien.

Le député PS Gérard Bapt, qui a salué l'annonce du ministre de la Santé, avance pour sa part le chiffre de 1,2 milliard d'euros au titre du remboursement du Mediator sur toute sa période de commercialisation, avec une progression du nombre de boîtes vendues dans les dernières années.

«Jusqu'à maintenant le coût du médicament et des dégâts qu'il a pu occasionnés doit être de l'ordre de 2 milliards d'euros», a-t-il déclaré à l'AFP.

«Est-ce la collectivité qui de nouveau prendra en charge la faillite d'un système?» s'est-il interrogé. «Je ne doute pas que M. Servier, qui a une fortune personnelle évaluée dans la presse aux alentours de 5 à 6 milliards d'euros, contribuera puissamment à la prise en charge des réparations», a-t-il ajouté.