A la recherche de traces de cocaïne dans les eaux usées

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La détection des traces de drogues dans les eaux usées permet de mieux localiser les pratiques des utilisateurs et donc de mieux cibler géographiquement et dans le temps les actions de prévention, selon des recherches menées par une équipe parisienne.

Outre l'aspect prévention, ces recherches, conduites depuis 2009 à la faculté de pharmacie de l'université Paris-Sud, doivent permettre de mieux évaluer les quantités et l'impact des résidus de drogues qui franchissent le cap de la station d'épuration pour se retrouver dans les rivières.

L'étude, la première du genre en France selon Le Figaro, a été réalisée en recherchant dans les eaux usées collectées dans six stations d'épuration franciliennes les traces de quatre drogues: cocaïne, ecstasy (ou MDMA), amphétamine et buprénorphine (médicament de substitution), a indiqué jeudi à l'AFP Yves Levi, responsable du groupe santé publique et environnement.

La cocaïne a été la principale substance retrouvée.

Ces traces de cocaïne étaient plus importantes à Paris qu'en banlieue, selon M. Levi, une différence qui s'explique, selon lui, par la présence des lieux festifs dans la capitale. Les chercheurs ont aussi constaté des pics de consommation le week-end et lors d'événements populaires comme la Fête de la musique, le 21 juin, et le 14-Juillet.

"Ce n'est pas une révélation de dire que, les jours de fête, les gens consomment plus de psychotropes. Ce qui est plus intéressant, c'est que la méthode utilisée est assez fiable et permet d'avoir une estimation plus précise", souligne le chercheur.

"Les associations qui gèrent les distributeurs de seringues ou les pouvoirs publics qui mettent en place des campagnes de prévention ne savent généralement pas très bien où et quand agir. Plus on sait vers où se diriger, à quel moment et vers quelles populations, plus c'est efficace", ajoute-t-il.

Cette étude a été co-financée par la Direction générale de la Santé, le Siaap (syndicat d'assainissement de la région parisienne) et l'association Safe qui gère notamment des distributeurs et des récupérateurs de seringues à l'attention des utilisateurs de drogues.

A noter que les chercheurs n'ont pas décelé de "différences significatives" dans la consommation de cocaïne entre villes riches et communes moins favorisées.

Les recherches se poursuivent actuellement sur le volet environnemental pour évaluer "comment ces produits peuvent être traités dans les stations (d'épuration) et ce qui finalement ressort dans l'environnement", a expliqué à l'AFP Thomas Nefau, l'un des chercheurs en charge de cette étude.

Bien que 80 à 90% des traces de drogues soient éliminées dans la station d'épuration, des résidus, à des "quantités qui ne sont pas actives, au sens psychoactif, sur l'homme", se retrouvent en effet dans la nature, a-t-il rappelé.