Partir ou rester? Epineux dilemme dans un hôpital roumain

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Dans la chambre 213 de l'hôpital pour enfants Marie Curie de Bucarest, Florentina Fulga dont le fils de 14 ans, Sebastian, souffre d'une grave maladie osseuse, s'interroge: "si tous les médecins roumains partent à l'étranger, qui s'occupera de nos enfants?"

Partir, rester?: dans le service d'orthopédie pédiatrique où est traité Sebastian pour retrouver l'usage de ses jambes, chaque médecin et infirmière s'est interrogé.

Avec une acuité particulière depuis que le pays s'est enfoncé dans la crise.

Contrainte d'avoir recours à un prêt d'urgence du Fonds monétaire international, la Roumanie a entrepris une cure d'austérité pour réduire son déficit.

Déjà très bas, encourageant ainsi des pratiques de corruption, les salaires du personnel médical ont été réduits d'environ 25% depuis juillet, comme dans l'ensemble du secteur public.

Eugenia Udrea, infirmière depuis 25 ans à Marie Curie gagne 162 euros mensuels contre 255 euros auparavant. Le salaire moyen en Roumanie est de 350 euros.

"Beaucoup de nos collègues partent ailleurs en Europe car le salaire est meilleur", confie-t-elle.

Plus de 8.000 médecins roumains travaillaient à l'étranger en 2009, soit un sur sept, selon les organisations professionnelles.

Spécialiste renommé d'orthopédie pédiatrique, le professeur Ghorghe Burnei, 58 ans, se bat pour maintenir ce service crucial pour des enfants souffrant de malformations et de tumeurs osseuses. Mais lui aussi a hésité à partir.

On lui proposait un salaire sans commune mesure avec ce qu'il gagne en Roumanie mais surtout des conditions de travail loin des inquiétudes qui marquent son quotidien à l'hôpital Marie Curie.

"La table sur laquelle on opère ce jeune homme pour redresser sa jambe est trop vieille et pas adaptée à l'orthopédie pédiatrique", dit M. Burnei.

"La centrale de stérilisation aurait dû être changée depuis 16 ans. On la répare mais nous avons peur des infections", ajoute-t-il.

L'équipement de la salle d'opération provient d'une donation. Et l'aspect accueillant du service --peinture impeccable, mobilier clair-- n'est dû qu'à l'aide de sponsors et d'une fondation caritative.

Le service fonctionne avec seulement deux médecins et face au manque de ressources, les patients doivent payer certains implants.

"Exercer au quotidien, c'est comme si avec une carotte et un oignon vous deviez cuisiner une bonne soupe pour de nombreux invités", résume un collègue de M. Burnei, Constantin Ciobanu. Il conseille à son fils, étudiant en médecine, de partir.

"A ce rythme, on risque de retomber 20 ans en arrière alors qu'on avait acquis un bon niveau dans l'orthopédie pédiatrique", dit M. Burnei.

Il a pourtant décidé de rester pour "mener à bien des projets en cours" dont le développement du dépistage précoce des scolioses et la formation de spécialistes dans tout le pays.

"Aujourd'hui, presque tous les cas arrivent chez nous, même ceux qui pourraient être traités en province. Nous avons une liste d'attente de deux ans. On n'a plus le temps pour la recherche afin de faire progresser les traitements", dit-il.

Ce sont surtout les dizaines de patients lui demandant de rester qui l'ont convaincu. Au grand soulagement de familles présentes à l'hôpital qui placent tous leurs espoirs dans sa compétence.

La Roumanie consacre peu d'argent à la santé, moins de 4% du PIB contre 11% en France.

"Peu de gens paient des cotisations maladie mais tout le monde veut être soigné", regrette Radu Tabacaru, directeur médical de l'hôpital, comparant le système de santé "injuste et anachronique" à un bateau "sur le point de couler".

Le gouvernement vient d'étendre le paiement des cotisations maladie alors que seuls 6,7 millions de Roumains sur 21,5 millions y étaient assujettis.