Fin d'un âge d'or pour les visiteurs médicaux, contraints d'évoluer

© 2010 AFP
— 

Les visiteurs médicaux vivent la fin d'un âge d'or de leur profession, avec la succession de suppressions d'emplois dans cette activité mêlant information sur les thérapies et lobbying et qui se tourne aujourd'hui vers une expertise scientifique plus pointue.

Nicolas, 38 ans, devenu webmaster, estime que la visite médicale lui "a donné des facilités pour la relation client". Christelle, 35 ans, en formation de diététicienne, pense qu'il faut aussi dans son futur métier "être indépendant, organisé".

Ces anciens visiteurs médicaux de groupes pharmaceutiques ou prestataires témoignent sur evolution-vm.org, un site de l'organisation patronale Leem ("Les entreprises du médicament") pour aider les reconversions de ces personnes chargées de la promotion des médicaments auprès des médecins.

Les plans sociaux se succèdent: Pfizer, GlaxoSmithKline, Roche et encore lundi Sanofi, où 500 postes de visiteurs médicaux sont condamnés.

D'après le Leem, ils étaient au total près de 24.000 en 2003-2004, un pic, et depuis la baisse est régulière. A fin 2010, les effectifs devraient atteindre 17.000 (pour environ 100.000 salariés dans l'industrie pharmaceutique), et en 2015, autour de 12.000.

Selon les syndicats, les mutations des grands laboratoires, qui se concentrent sur des marchés de niche plus rentables (biotechnologies, oncologie ...) ont été mal anticipées. "On n'en est plus à l'époque des réseaux de visite médicale autour de tous les médecins", selon FO.

"Les produits changent, les médecins changent, les besoins changent", analyse Frédéric Soubeyrand, président de la commission sociale du Leem.

La visite médicale s'est développée pour accompagner la commercialisation de produits pour la médecine générale. Depuis, "l'augmentation de la part des génériques" et le recentrage sur "le marché hospitalier et les médecins spécialistes" font que les besoins sont moindres, explique-t-il.

Les visiteurs médicaux font aussi les frais d'un recul général des prescriptions, avancent les laboratoires.

L'Etat régule aussi davantage la promotion, limitant par exemple la fréquence autorisée des visites pour certains médicaments. L'Inspection générale des Affaires sociales en appelait même en 2007 à "diminuer la pression promotionnelle".

Autre évolution : celle des médecins, qui trouvent sur internet l'information et accueillent moins volontiers les visiteurs médicaux, parfois qualifiés de "représentants de commerce" ou bien, relève le Leem, exigent "une information à plus haute valeur ajoutée".

Dans ces conditions, quel devenir pour la "VM"? La profession est actuellement réglementée: après un bac+2, les aspirants suivent une formation de 9 à 12 mois et seuls les diplômés peuvent postuler aux offres. Ils sont recrutés, carte professionnelle à la clé, sur un secteur géographique.

Ils ont interdiction de vendre des produits ou faire des cadeaux, et doivent respecter depuis 2004 une charte prohibant le don d'échantillons.

Or en dehors des passerelles en externe, des employeurs proposent désormais aux visiteurs médicaux d'exercer une activité commerciale qui se veut complémentaire, auprès des pharmaciens, y compris en prenant des commandes. Les premières cartes de ces "attachés à la promotion du médicament", à l'activité mixte, ont été délivrées en 2009.

Ce "mélange des genres" est perçu avec méfiance par plusieurs syndicats. "Quelle est la garantie de statut?", se demande l'Unsa. "Nous voulons un encadrement", réclame FO.

Pour la CFDT, favorable en revanche au dispositif, "il faut bien trouver des solutions pour les VM, qui sont réellement menacés de disparition, partout en Europe".