Médecins âgés, mal répartis géographiquement, avec des jeunes praticiens délaissant la pratique libérale et les zones rurales: les chiffres de la démographie médicale dressent à nouveau un bilan préoccupant pour le système de soins à la française.
Médecins âgés, mal répartis géographiquement, avec des jeunes praticiens délaissant la pratique libérale et les zones rurales: les chiffres de la démographie médicale dressent à nouveau un bilan préoccupant pour le système de soins à la française. — Marc Le Chelard afp.com

Santé

Les médecins en France: une démographie préoccupante

Médecins âgés, mal répartis géographiquement, avec des jeunes praticiens délaissant la pratique libérale et les zones rurales: les chiffres de la démographie médicale dressent à nouveau un bilan préoccupant pour le système de soins à la française.

Médecins âgés, mal répartis géographiquement, avec des jeunes praticiens délaissant la pratique libérale et les zones rurales: les chiffres de la démographie médicale dressent à nouveau un bilan préoccupant pour le système de soins à la française.

Le nombre de médecins par rapport aux habitants n'est pourtant pas en cause: le nouvel "atlas de la démographie médicale en France" publié mardi par le Conseil National de l'Ordre des médecins (CNOM) en recense un total de 261.378 au 1er janvier 2010, dont 216.450 en activité. En trente ans, leur nombre a augmenté de 93,1%, bien plus que la population.

En tenant compte seulement des médecins en activité régulière (sans les médecins remplaçants ou temporairement sans activité), la densité moyenne nationale est de 308,8 médecins pour 100.000 habitants. Un chiffre qui masque une réalité préoccupante car les médecins vieillissent et les départs à la retraite s'annoncent massifs dans les années à venir.

Le nombre de "sortants" de la profession, le plus souvent pour cause de retraite, a progressé en un an de 6,6%, tandis que les "entrants" n'ont augmenté que de 1,8%. L'âge moyen des praticiens en activité régulière est de 50 ans et 41,7% sont âgés de 50 à 59 ans. Les plus de 60 ans représentent 16,1% du total.

Selon le président du CNOM Michel Legmann, il faut inciter les médecins retraités à rester en fonction en réduisant leurs charges sociales.

D'autant qu'un simple remplacement de ces médecins par des plus jeunes ne suffira pas car ceux-ci n'acceptent pas, contrairement à leurs aînés, certaines contraintes de la profession, même s'ils se contentent aussi de rémunérations et d'un confort matériel moins élevés, au profit d'une meilleure qualité de vie.

"On n'est pas ambitieux, pas de maison de campagne, pas de vacances dans les îles. On se contente d'une vie tranquille, le moins d'astreintes possible, et on s'occupe des enfants le mercredi", constate M. Legmann.

Les jeunes praticiens et praticiennes délaissent massivement l'exercice en libéral: seulement 8,6% des nouveaux inscrits à l'Ordre l'ont choisi, alors qu'ils étaient 50% dans les années 80.

Or le système de soins français repose, comme l'a encore rappelé mardi, devant les députés, le ministre du Travail et de la Santé Xavier Bertrand, "sur deux piliers, l'hôpital et la médecine de proximité", essentiellement libérale.

C'est notamment le cas dans les zones rurales où de plus en plus de praticiens ne trouvent plus de successeurs.

Les jeunes médecins ne veulent pas y aller. Et phénomène nouveau, les médecins étrangers - au nombre de 10.165 - non plus.

Des collectivités locales ont ces dernières années fait de gros efforts pour les attirer, notamment des Roumains, devenus le groupe le plus nombreux. Mais ces praticiens ont rapidement mis la clé sous la porte, abandonnant la commune rurale et même la pratique libérale au profit d'un emploi salarié en ville.

Aussi l'Ordre a-t-il mis en garde les élus contre les pratiques de certaines agences spécialisées dans le recrutement de médecins étrangers.

Autre évolution jugée "préoccupante": la progression du nombre de médecins remplaçants: 10.006, soit +754% en 30 ans. Plutôt jeunes (38,5 ans), de sexe féminin, la moitié travaillent moins de trois jours par semaine.

L'Ordre a enfin une nouvelle fois pointé l'inégale répartition géographique des médecins, généralistes comme spécialistes. La région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) est la mieux lotie avec 374 médecins pour 100.000 habitants, dépassant l'Ile-de-France (370) et les autres régions du sud. Dans le bas du tableau figure la Picardie (239).