"Shoot" sous assistance à Barcelone

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"Si tu te +shootes+, ne te tue pas": cet avertissement à l'adresse des toxicomanes est aussi la priorité de ceux qui les encadrent dans cette "salle de shoot" de Barcelone: éviter l'injection mortelle.
"Si tu te +shootes+, ne te tue pas": cet avertissement à l'adresse des toxicomanes est aussi la priorité de ceux qui les encadrent dans cette "salle de shoot" de Barcelone: éviter l'injection mortelle. — Josep Lago AFP/Archives

"Si tu te +shootes+, ne te tue pas": cet avertissement à l'adresse des toxicomanes est aussi la priorité de ceux qui les encadrent dans cette "salle de shoot" de Barcelone: éviter l'injection mortelle.

Professionnels et usagers rappellent que la mise en place de ces centres, dont quatre ont ouvert à Barcelone entre 2003 et 2005, a été difficile dans cette ville qui a connu une explosion de la consommation d'héroïne dans les années 90.

Les critiques, émanant pour l'essentiel de riverains mécontents, se font plus rares aujourd'hui, même si l'opposition municipale de droite maintient que ces centres ne doivent exister "qu'en dernier recours".

Mais les résultats sont là. Les morts par overdose ont fortement diminué à Barcelone: 37 de janvier à septembre, contre 53 sur la même période de 2004, selon l'Agence de santé publique (ASPB).

Le plus important: aucune mort par overdose dans les quatre centres, que les professionnels préfèrent appeler "salles de consommation".

Sans oublier les avantages que représente l'usage de seringues neuves dans la lutte contre le sida. Et le fait que ces seringues disparaissent de la rue.

"On a utilisé près de 100.000 seringues l'année dernière dans les salles de consommation. Si ces seringues s'étaient retrouvées dans la rue, on serait tous morts!", souligne la psychiatre Carmen Vecino de l'ASPB.

L'inscription "Si tu te +shootes+, ne te tue pas" est scotchée au mur à l'entrée du centre de la Croix Rouge, la plus ancienne des salles de Barcelone. D'autres existent à Bilbao (nord) et Madrid.

A l'intérieur, tout est médicalisé, aseptisé. L'une des salles fait d'ailleurs partie du service de psychiatrie de l'hôpital Vall d'Hebron.

Pas de drogués avachis sur des matelas. Les espaces pour s'injecter par intraveineuse l'héroïne ou la cocaïne se résument à une chaise et à une petite table en métal avec tout le matériel nécessaire: seringues, élastiques et petits récipients pour liquéfier la drogue.

A la salle Baluard, la plus grande, qui accueille chaque jour de 150 à 180 personnes, il existe aussi un espace pour fumer la drogue.

Evidemment les salles ne fournissent pas la drogue. Le consommateur apporte sa dose d'héroïne, qui coûte de 10 à 30 euros selon la qualité.

Après son "shoot", supervisé par un infirmier ou un éducateur, l'usager se voit offrir une boisson chaude et des petits gâteaux.

C'est parfois l'occasion pour les professionnels d'évoquer une éventuelle réinsertion sociale. La majorité des consommateurs -surtout des hommes, de 20 à 35 ans- sont dans une situation d'extrême précarité. Il y a aussi beaucoup d'étrangers (57%), de plus en plus venant d'Italie et des pays de l'Est.

"Bien sûr que nous essayons de faire en sorte qu'ils arrêtent", assure Olga Diaz Grau, de la Croix Rouge, avant de préciser que seulement 7% des cas débouchent sur un traitement.

Miguel, à Barcelone depuis huit ans, a réussi à arrêter pendant un an et demi. Mais il est retombé, "presque par habitude". "Je me drogue depuis que j'ai 14 ans".

Au moment de l'ouverture de la salle du Vall d'Hebron, les riverains ont vigoureusement protesté. Le climat est plus apaisé aujourd'hui mais les opposants restent nombreux.

"Tout le monde sait que les +narcosalas+ ont un impact négatif autour. Nous pensons juste qu'il faut les éloigner des bassins à forte population", avance Angels Esteller, porte-parole du parti d'opposition conservatrice (PP, droite) à la mairie.

Les usagers savent qu'ils ne laissent pas indifférents. "Les gens normaux ne voient pas tout cela d'un bon oeil", confie Tina, une consommatrice italienne. "Et puis il y a la partie politique. S'ils le pouvaient, ils nous mettraient tous dans un avion et nous balanceraient dans l'Atlantique".