Les drogues de synthèse, une course effrénée à la nouveauté

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Dans le monde des drogues de synthèse, il y a ceux qui en créent de nouvelles, aux confins de la légalité, et ceux qui les traquent, pour les interdire. Et dans cette course, les premiers ont encore "une longueur d'avance", expliquent des experts de l'Obervatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT).
Dans le monde des drogues de synthèse, il y a ceux qui en créent de nouvelles, aux confins de la légalité, et ceux qui les traquent, pour les interdire. Et dans cette course, les premiers ont encore "une longueur d'avance", expliquent des experts de l'Obervatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT). — AFP/Archives

Dans le monde des drogues de synthèse, il y a ceux qui en créent de nouvelles, aux confins de la légalité, et ceux qui les traquent, pour les interdire. Et dans cette course, les premiers ont encore "une longueur d'avance", expliquent des experts de l'Obervatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT).

"On est clairement derrière, mais si on suit des innovations, on est forcément derrière. Il s'agit maintenant de faire des efforts pour réduire la distance", a déclaré à l'AFP Wolfgang Götz, directeur de l'OEDT.

Cet organisme, tour de contrôle du paysage des drogues dans l'Union européenne, a publié mercredi à Lisbonne son rapport annuel. Il met en exergue l'"évolution rapide" du marché des "nouvelles substances psychoactives".

Elles sont également appelées "legal highs" parce qu'elles sont légales dans leur processus de fabrication - les molécules chimiques servant à leur composition étant achetées en toute légalité - et qu'elles viennent contourner les lois en vigueur sur les drogues, tant qu'elles ne sont pas répertoriées et éventuellement interdites en raison de leurs effets psychoactifs.

Si 2009 avait été une "année record" avec l'apparition de 24 nouvelles substances de synthèse, 201O l'a déjà battue: "33 nouvelles substances ont déjà été signalées" alors que l'année n'est pas finie, a annoncé M. Götz.

Depuis sa création en 1997, le système d'alerte précoce sur les drogues émergentes de l'OEDT a enregistré 100 nouvelles substances, avec une nette accélération ces dernières années.

Selon l'OEDT, la Chine en produit et l'Inde pourrait aussi avoir des laboratoires, sans que forcément la conception de ces drogues soit aussi faite sur place.

La Commission européenne, inquiète, a proposé fin octobre d'interdire la méphédrone, cette drogue de synthèse aux effets proches de la cocaïne ou de l'ecstasy, disponible sur internet et qui est toujours licite dans 12 pays de l'UE.

Apparue en 2007 en Europe, elle est rapidement devenue très populaire, notamment au Royaume-Uni où plusieurs décès suspects font l'objet d'analyses.

Comme beaucoup de ces nouvelles substances, elle n'était pas commercialisée comme drogue - sous peine de se faire interdire immédiatement - mais comme "produit chimique de recherche", "sels de bain" ou "engrais".

De même, le "spice" qui était vendu comme un mélange d'herbes à fumer recelait en fait un additif de synthèse qui peut être "extrêmement actif à très faible dose" et "de ce fait, on ne peut exclure une surdose accidentelle", souligne l'OEDT dans son rapport.

Ce phénomène est un des "défis majeurs" à relever, a estimé Aurel Ciobanu-Dordea, directeur à la Commission européenne en charge des droits fondamentaux et de la citoyenneté, soulignant "leur émergence rapide, leur facilité de fabrication et leurs effets inconnus sur la santé".

"Les nouvelles substances, dans leur quasi totalité, ne sont même pas testées sur des rats", a souligné à l'AFP Roumen Sedefov, responsable du système d'alerte de l'OEDT, rappelant que les manipulations successives de molécules pouvaient donner naissance à des "drogues toxiques".

A l'avenir, estime M. Sedefov, "on aura certainement de plus en plus de molécules issues de la recherche médicale" comme cela a déjà été observé: soit des essais pharmaceutiques insatisfaisants mais qui avaient fait l'objet de publication, soit une sorte de contrefaçon de médicaments existants et connus pour leur utilisation détournée.