Congeler ses ovules pour avoir un bébé plus tard

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La congélation d'ovules, dont la technique la plus performante reste interdite en France, constitue une perspective révolutionnaire pour les femmes en les affranchissant du poids de l'horloge biologique alors qu'elles ont des enfants de plus en plus tard.
La congélation d'ovules, dont la technique la plus performante reste interdite en France, constitue une perspective révolutionnaire pour les femmes en les affranchissant du poids de l'horloge biologique alors qu'elles ont des enfants de plus en plus tard. — Fred Dufour AFP

La congélation d'ovules, dont la technique la plus performante reste interdite en France, constitue une perspective révolutionnaire pour les femmes en les affranchissant du poids de l'horloge biologique alors qu'elles ont des enfants de plus en plus tard.

Si cette perspective fait débat, elle est en tout cas déjà une réalité dans d'autres pays.

"Aux Etats-Unis, des femmes organisent des +freezing parties+ pour fêter la congélation de leurs ovocytes" pour s'en servir plus tard, relève le professeur René Frydman "père" d'Amandine, premier bébé-éprouvette français.

"On a des demandes, effectivement c'est une question qui s'ouvre", ajoute ce spécialiste pour qui cela va dans le sens d'une libération des femmes.

En Espagne, une femme peut demander à faire conserver au froid ses ovules sans motif médical (cancer, infertilité), indique pour sa part le professeur Renato Fanchin, responsable de médecine de la reproduction.

L'idéal serait de préserver ses ovules avant 35 ans, précise-t-il jugeant "judicieux de ne pas attendre trop longtemps" car la qualité des ovules jeunes est meilleure.

"C'est assez injuste de se retrouver à 36-38 ans devant ce problème de fertilité. Injuste, car on demande aux femmes de faire des études, de s'insérer, et elles ne sont pas assez informées de cette baisse de fertilité", regrette le Dr Nelly Achour-Frydman.

Depuis les années 1970, grâce à la congélation, "les hommes peuvent conserver leur sperme y compris quand ils font une vasectomie.", souligne la biologiste. Alors pourquoi pas les femmes ?

La naissance mardi à l'hôpital Antoine Béclère (Clamart, Hauts-de-Seine) des premiers enfants issus d'ovules congelés en France, saluée comme un "beau succès médical" par Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, a permis de pointer le retard français dans le domaine des techniques de cryopréservation grâce auxquelles plusieurs centaines de couples dans le monde ont pu donner la vie.

Mais la plus efficace, la vitrification, une congélation ultra-rapide qui évite la formation de cristaux qui détériorent les cellules, y reste encore interdite, s'insurge le Pr Frydman. Ce dernier brocarde la frilosité et la lourdeur de la loi, toujours en retard d'un train sur les avancées scientifiques.

"Avec un tel système, il n'y aurait jamais eu de fécondation in vitro (FIV), Louise Brown (premier bébé-éprouvette au monde) et Amandine n'auraient pas pu naître", lance-t-il.

La première naissance obtenue avec la vitrification a été rendue publique en 1999, mais la technique a pris son essor en 2005 grâce aux Japonais et à la volonté, en Italie, sous la pression du Vatican, d'éviter de congeler les embryons, selon le gynécologue-obstétricien.

"Il est clair que cette méthode peut libérer la femme de cette pression du vieillissement ovarien, de la contrainte de l'âge", remarque le Pr Fanchin.

Face aux craintes de dérives, le Pr Frydman rappelle qu'elles existaient déjà avant la congélation d'ovules en Italie ou aux Etats-Unis.

Il faut un cadre limitant cette possibilité d'utiliser ses ovocytes, peut-être à 45 ans ou 48 ans, pour éviter des grossesses à des âges trop avancés comportant trop de risques pour la santé, avance le Pr Fanchin.

Mais attention, si la technique est prometteuse, les chances d'avoir un enfant sont actuellement de l'ordre de 40%.

La création d'une banque d'ovules pourrait faciliter le don d'ovules si l'on autorisait en France les femmes jeunes qui n'ont pas encore eu d'enfant à donner les leurs, relève par ailleurs le Pr Frydman.

"La demande augmente et cela ne va pas s'arranger", dit-il. "Cela pourrait éviter le tourisme médical", ajoute-t-il, en évoquant les 5.000 couples français infertiles en attente de dons d'ovocytes.