Bactéries résistantes aux antibiotiques: «La situation est critique mais pas désespérée»

SANTE Des spécialistes décryptent les risques liés au gêne NDM-1...

Julien Ménielle

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Un scientifique belge travaille sur la bactérie NDM-1 dans son laboratoire de l'université d'Anvers (Belgique), le vendredi 13 août 2010
Un scientifique belge travaille sur la bactérie NDM-1 dans son laboratoire de l'université d'Anvers (Belgique), le vendredi 13 août 2010 — AFP PHOTO / JORGE DIRKX

Des bactéries de plus en plus résistantes, et pas assez de nouveaux antibiotiques pour les combattre. C’est sur cette inquiétude que se clôture ce mardi la conférence mondiale sur les maladies infectieuses (ICAAC) de Boston. Le fameux gène NDM-1, improprement présenté comme une «superbactérie», est au centre de toutes les attentions. Mais il n’est pas la seule menace.

«NDM-1 est un gène de résistance», a expliqué à 20minutes.fr Jean-Pierre Marcel, expert bactériologiste, membre de la société française de microbiologie. Un gène qui rend les bactéries qui le contiennent résistantes aux carbapénèmes, famille d’antibiotiques considérée comme la plus puissante, notamment active sur les bactéries multi-résistantes.

Transmission d’une bactérie à l’autre

Au départ, raconte Jean-Pierre Marcel, ce gène a été détecté sur une bactérie inoffensive. Mais on le trouve désormais sur des entérobactéries, de virulence certes moyenne, mais qui peuvent être responsables d’infections mortelles dans certains cas et dont certaines doivent être traités par des carbapénèmes.

«Des éléments d’ADN se transmettent d’une bactérie à l’autre», explique Didier Mazel, qui dirige une unité de recherches sur les mécanismes de multirésistance à l’Institut Pasteur. D’où la crainte désormais que le gène «se répande à d’autres bactéries», indique le spécialiste.

Les antibiotiques pas assez rentables pour les labos

«Actuellement, aucune bactérie n’est résistante à tous les antibiotiques, mais c’est une crainte», reconnaît Jean-Pierre Marcel. Le risque: «la convergence du gène vers une bactérie virulente et qui se diffuse rapidement», et son intrusion en milieu hospitalier, «véritable incubateur».

Si tel était le cas, il faudrait utiliser de nouveaux antibiotiques. Problème: «développer des nouvelles molécules coûte plusieurs dizaines de millions d’euros, et même plus», indique Didier Mazel. Et selon lui, le retour sur investissement n’est pas intéressant pour les laboratoires.

«Les bactéries étaient là avant nous»

«La situation est critique mais pas désespérée», estime le spécialiste. Selon lui, en effet, l’émergence de nouvelles résistances devraient motiver les laboratoires à se pencher sur les nouvelles molécules d’antibiotiques. Et si une bactérie devenait résistante à tous les traitements ? «Les patients atteints mourraient», tranche Jean-Pierre Marcel.

En attendant, il faut «apprendre à cohabiter avec les bactéries en considérant le problème comme une question écologique». «Les bactéries étaient là avant nous», rappelle le bactériologiste. Et pour éviter de favoriser encore les résistances avec les antibiotiques, le secret pourrait résider dans les règles d’hygiènes simples. «Il s’agit d’éviter la transmission des germes plutôt que d’essayer de les tuer», décrit le spécialiste.

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