Une salle de shoot, c'est quoi?

Julien Ménielle

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Présentation d'une salle de consommation et d'injection à moindre risque pour les toxicomanes, le 18 mai 2009, à Paris.
Présentation d'une salle de consommation et d'injection à moindre risque pour les toxicomanes, le 18 mai 2009, à Paris. — VALINCO/SIPA

Roselyne Bachelot était tentée de les expérimenter, mais la ministre de la Santé s'est heurtée aux sensibilités de sa famille politique. Mais une salle de shoot comment ça marche, et à quoi ça sert? Explications.

Que se passe-t-il dans une salle de consommation supervisée?
Lorsqu'un toxicomane arrive, il est pris en charge en deux temps. D'abord l'accueil par un travailleur social, qui vérifie notamment qu'il est un usager habituel de drogue, et teste le produit qu'il a en sa possession. L'usager est ensuite enregistré administrativement, puis passe à la salle de consommation, où il est pris en charge par du personnel soignant qui lui donne les notions d'hygiène et d'asepsie de base, et lui montre comment utiliser correctement les kits stériles à usage unique.

Pourquoi monter de telles structures?
«L'objectif est triple», explique Jean-Pierre Couteron, président de l’Association nationale des intervenants en toxicomanie et addictologie (Anitea). La «réduction des risques», d'abord, qui permet de limiter les risques d'overdose et de transmissions de maladies. Mais c'est également «une porte d'entrée dans les soins» pour ces patients particulièrement difficiles à approcher, l'occasion de «nouer une relation» avec eux, de les «remettre debout» puis d'envisager un travail de sevrage. Mais la pratique «participe aussi à la sécurité publique», assure le spécialiste, qui explique qu'il est préférable que «ceux qui de toute façon s'injecteront le produit» le fassent «dans des lieux sécurisés plutôt que des cages d'escalier».

Est-ce que cela fonctionne ailleurs?
En Europe, il y a une bonne cinquantaine de structures, selon Jean-Pierre Couteron. Notamment en Espagne, en Suisse, en Hollande, au Luxembourg, en Allemagne. Et il existe ce type de salles à Sidney, ou encore à Vancouver. «Tout n'est pas forcément transposable tel quel en France», prévient l'addictologue, d'où selon lui l'intérêt d'expérimenter avant de déployer au niveau national. «Cela ne représenterait sans doute pas plus d'une dizaine de centres en France», estime-t-il.

Est-ce que ça marche?
Oui, selon un rapport de l'Inserm qui présente un retour d'expérience positif sur ce type de politique en Europe. C’est ce rapport qui a conduit Roselyne Bachelot à prendre position en faveur de l'expérimentation de ces centres en France. Au rayon des satisfactions: la consommation n'augmente pas, les nuisances liées aux injections dans la rue diminuent, et des populations qui échappent aux services sociaux et médicaux prennent contact avec les soins. La diminution du nombre de contamination par les hépatites ou le VIH n'est cependant pas avérée. Mais pour Jean-Pierre Couteron, qui rappelle que de nombreuses études sont encore en cours à ce sujet, on manque de recul pour évaluer le succès du dispositif.