Greffe du visage: «Ces patients sont dans un tel désastre qu'ils sont prêts à prendre un risque vital»

INTERVIEW Le professeur Laurent Lantieri a répondu aux questions de 20minutes.fr...

Propos recueillis par Julien Ménielle
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Le professeur Laurent Lantieri, spécialiste de la greffe de visage, le 8 juillet 2010 à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil.
Le professeur Laurent Lantieri, spécialiste de la greffe de visage, le 8 juillet 2010 à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil. — Thibault Camus/AP/SIPA

Cinq greffes de visages déjà pour le Professeur Lantieri, de l'hôpital Henri-Mondor de Créteil. Dont la dernière en date, unique en son genre, car elle inclut les paupières et tout le système lacrymal. Une greffe totale. Le spécialiste ne compte pas s'arrêter là.

Comment va votre patient?
Il va très bien. Etant donné que dans ce type d'interventions, il n'y a pas de gros pansement, son visage est à l'air libre. Et comme il n'est pas alité, il peut aller et venir dans sa chambre et a tout le loisir de le voir. Il peut recevoir des visiteurs, mais reste cependant en isolement, avec des conditions d'asepsie très stictes.

Une greffe du visage, ce n'est pas dangereux pour une intervention esthétique?
On prélève la totalité de la face: la peau, les lèvres, les paupières, mais aussi les muscles. Donc en cas de rejet, mais surtout d'infection, il est difficile d'en remettre un en place. On peut envisager de le remplacer par un lambeau de muscle et de peau, mais plus vraisemblablement, le patient décède. Cependant, ce n'est pas une simple opération esthétique: Au niveau de la qualité de vie, ces patients sont dans un tel désastre qu' ils sont prêts à prendre un risque vital. Ça ne sert à rien de donner des années à la vie si on ne donne pas de la vie aux années.

Il paraît que vous avez eu l'autorisation pour 5 opérations supplémentaires?
Ce n'est pas tout à fait exact. Nous avons obtenu le prolongement de notre budget de recherches. Nous ne serons donc pas limités par des problèmes financiers pendant l'année qui vient. Mais nous ne tenons pas de comptes en nombres de greffes.

Vous avez annoncé vouloir réaliser des greffes sur des grands brûlés...
Oui, ce sont des patients qui ont cruellement besoin de triples greffes visage/deux mains. Mais chez ces patients, le risque infectieux est très élevé. La mort, il y a un an, d'un de mes patients à qui j'avais réalisé une triple greffe, m'avait refroidi.

Combien de patients sont potentiellement concernés par ce type de greffe?
Pour les brûlés, très peu. L'hôpital Percy n'en voit qu'un par an, par exemple. Au total, toutes indications confondues, cela peut concerner une dizaine de patients par an. Mais on peut envisager d'élargir les indications. Personne n'imaginait en 1960 qu'on réaliserait 4.000 greffes par an en 2010.

Qu'espérez-vous pour l'avenir?
Mon objectif est que ce type de greffe soit développé dans d'autres hôpitaux et devienne standard. On peut imaginer 2 ou 3 centres avec la compétence pour les greffes de face et de mains. Par ailleurs, ces techniques nous permettent d'apprendre des choses sur les réactions immunologiques des patients, et sur l'utilisation du matériel, qui peuvent être utiles pour d'autres interventions.

Avez-vous bon espoir?
Oui, mais il faut préciser qu'en terme de greffe, rien n'est possible s'il n'y a pas de don. Il est important d'en parler autour de soi.

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