Les gynécologues ne veulent pas mourir

SANTE Le Comité de défense de la gynécologie médicale met en garde sur la baisse de qualité du suivi médical des femmes...

Julien Ménielle

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Une étudiante en médecine pratique un examen gynécologique sur un mannequin.
Une étudiante en médecine pratique un examen gynécologique sur un mannequin. — Joshua Lot/REUTERS

«Le cancer n'attend pas, 6 mois c'est trop long.» Farida a signé la pétition du Comité de défense de la gynécologie médicale (CDGM). Son inquiétude: la disparition programmée des gynécos de ville et avec eux une vraie prise en charge médicale pour les femmes, menacée d'être morcelée entre différents professionnels de santé. Au détriment de sa qualité.

Augmenter le nombre de postes d'internes

Premier constat pour le CDGM, qui tenait ce vendredi une conférence de presse: trouver un gynécologue en ville tient du parcours de combattant, et quand on y arrive les délais d'attente peuvent monter jusqu'à 6 mois. Pas parce que la profession n'attire plus, selon Valérie Scarabin, interne en deuxième année, mais parce que le nombre de postes d'internes est insuffisant pour former assez de professionnels.

«Un gynéco qui part en retraite, c'est des milliers de femmes qui se retrouvent sans suivi», se désole Marie Stagliano, co-présidente du CDGM. Et en 2009, 27 postes d'internes étaient ouverts, alors que «40 stages de qualité peuvent accueillir les candidats, et que d'autres peuvent être proposés facilement», note Valérie Scarabin. Insuffisant cependant pour former les 130 médecins-gynécologues nécessaires si l'on entend combler la pénurie.

«Un frottis par ici, une mammographie par là, la pilule encore ailleurs»

«Une soixantaine de postes permettrait d'arriver à une situation acceptable», estime Nicole Bernard, du CDGM. Mais le gouvernement, selon elle, a d'autres projets. Celui de transférer un certain nombre des tâches dévolues aux gynécologues à d'autres professionnels, comme les généralistes, les infirmières ou les sages-femmes, voire les pharmaciens pour les renouvellements de pilules contraceptives.

«La gynécologie n'est pas une médecine d'organes», s'indigne Marie Stagliano. Pour la co-présidente, le programme, c'est «un frottis par ici, une mammographie par là, la pilule encore ailleurs»... Le tout au détriment de la qualité du suivi, le gynécologue devenant un spécialiste «comme les autres»: de ceux qu'on ne va voir qu'en cas de problème, à condition d'être adressé par son médecin traitant.

«Un geste politique fort»

«Un recul», pour Noëlle Mennecier, un retour à la situation de 1987, date à laquelle la spécialité de gynécologie médicale avait été supprimée. Avant d'être remis au goût du jour en 2003. «Un geste politique fort», se souvient Marie Stagliano. C'est pourquoi le CDGM a demandé à être reçu par la ministre de la Santé le 18 juin dernier.

Un conseiller les a accueillis au ministère, mais pas de Roselyne Bachelot. La ministre était au chevet d'autres patients: l'équipe de France de foot. Le CDGM ne désarme pas: une nouvelle entrevue a été demandée: «à la rentrée, peut-être.»

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