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INTERVIEWEn Paca, face au VIH, « les migrants sont surreprésentés »

VIH : En Paca, deuxième région la plus touchée, « les personnes en situation de migration sont surreprésentées »

INTERVIEWLa vice-présidente de l’association Aides en Paca, Céline Offerlé, expose les raisons qui font de la région la deuxième la plus touchée par l’épidémie en France métropolitaine
Un test de dépistage rapide du VIH dans un centre, à Nice
Un test de dépistage rapide du VIH dans un centre, à Nice - F. Binacchi / ANP / 20 Minutes / 20 Minutes
Fabien Binacchi

Propos recueillis par Fabien Binacchi

L'essentiel

  • Bonne nouvelle sur le front de la lutte contre le VIH: le nombre de dépistages et la prescription de traitements de prévention progressent, mais les associations s'inquiètent du maintien de préjugés sur la maladie et d'une hausse des discriminations envers les personnes séropositives.
  • En ce vendredi, Journée mondiale de lutte contre le sida, certaines données sont désormais jugées « encourageantes » par les autorités sanitaires.
  • Avec 64 découvertes de séropositivité par million d’habitants en 2022, contre 190*, la région Paca arrive (très) loin derrière l’Île-de-France. Elle reste pourtant, encore et toujours, la deuxième la plus touchée par le VIH en métropole. Le point avec la vice-présidente de l’association Aides en Paca.

Avec 64 découvertes de séropositivité par million d’habitants en 2022, la région Paca arrive (très) loin derrière l’Île-de-France et ses 190* cas. Elle reste pourtant, encore et toujours, la deuxième région la plus touchée par le VIH en métropole.

Alors comment expliquer un tel positionnement ? Déjà, mécaniquement, parce que le dépistage y est aussi plus fort qu’ailleurs, répond la vice-présidente de l’association Aides en Paca. Et aussi peut-être parce que la région concentre des populations dont l’accès aux soins est compliqué, et notamment les personnes en situation de migration, avance Céline Offerlé, avec qui 20 Minutes s’est entretenu à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, ce 1er décembre.

Où en est-on de l’épidémie en Paca ?

Paca reste la deuxième région de France métropolitaine la plus touchée, où les seules populations pour lesquelles les diagnostics ne régressent pas sont celles qui sont mises à mal dans leur accès à la santé. Notamment les personnes trans, les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes [HSH] nés à l’étranger ou encore les femmes migrantes travailleuses du sexe. Et nous sommes très inquiets vis-à-vis des menaces qui pèsent sur l’AME [l’aide médicale d’Etat qui permet aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’un accès aux soins et qui est discutée à l’occasion de l’examen du projet de loi immigration]. Si elle venait à être supprimée, ce serait une pure catastrophe pour l’accès au dépistage et aux soins de personnes qui en sont déjà très éloignées.

Et dont le diagnostic est très tardif ?

Selon les dernières données de Santé publique France, les découvertes de séropositivité se font encore tardivement [au stade Sida ou au moins quand le système immunitaire commence à être fragilisé] dans 43 % des cas, toutes catégories de population confondues. Et c’est encore plus vrai pour ces personnes qui ont un accès limité aux services de santé. Le fait d’être né à l’étranger est de toute façon corrélé à un dépistage tardif. Or, le dépistage, c’est le premier levier pour freiner l’épidémie. Quand quelqu’un est diagnostiqué, il est quasi immédiatement pris en charge et traité. La charge virale devient indétectable et il n’est plus contaminant. Ça, c’est un acquis scientifique depuis 2011. Les traitements ont un effet thérapeutique pour la personne concernée, mais également un effet préventif pour l’ensemble de la communauté.

Comment faire pour améliorer la prise en charge de ces publics ?

Aides est en phase de fin d’expérimentation de centres de santé sexuelle d’approche communautaire, justement là pour aller chercher ces gens-là et leur proposer un accès facilité. Ces « spots », il en existe quatre actuellement en France, à Nice, Marseille, Montpellier et Paris et l’idée c’est d’en développer dans tous les grands centres urbains, là où l’épidémie est la plus active. On y propose des stratégies de test-and-treat [tester et traiter], avec une prise en charge la plus précoce possible dans le cadre d’un diagnostic positif ou une mise sous Prep [le traitement préventif] si c’est négatif.

Comment expliquer que la région Paca conserve cette place de deuxième région la plus touchée de France ?

Quand on parle des régions les plus concernées par le VIH, on parle des découvertes de séropositivité. Donc, ça veut aussi dire qu’on dépiste beaucoup [Paca était également la deuxième région, toujours après l’Île-de-France, à réaliser le plus de sérologies en laboratoire, avec 113 tests pour 1.000 habitants, contre une moyenne nationale de 96]. Plus on dépiste, plus on découvre, c’est mécanique. Ça veut aussi dire que l’on dépiste bien, que nous ne sommes pas trop mauvais dans le ciblage. On pourrait faire beaucoup de tests et n’obtenir que des négatifs, passer à côté de la cible. Ce n’est pas pour rien que nous avons installé deux « spots » à Nice et à Marseille. C’est là que nous avons vraiment deux foyers épidémiologiques. Il faut également noter qu’il y a des déplacements de population dans la région. Ça n’a échappé à personne. Et les personnes en situation de migration sont surreprésentées. Elles forment aujourd’hui un tiers de la file active [le nombre de patients infectés par le VIH pris en charge au cours d’une année], notamment à Marseille. Ce n’est pas forcément une population qui, numériquement, augmente beaucoup. Mais c’est une population qui cumule en tout cas tous les facteurs d’exposition au VIH. Et si le virus touche quelques individus dans cette communauté-là, ça circule très vite.

La Prep, le traitement de prophylaxie pré-exposition, se révèle-t-elle clairement efficace ?

Ce qui est sûr, c’est qu’on voit une baisse des diagnostics et a priori aussi de l’incidence chez les HSH nés en France, qui représentent la grande majorité des personnes qui en bénéficient. Alors que les populations nées à l’étranger, et donc encore une fois moins familières des milieux associatifs, communautaires et surtout liés à la santé, sont les seules à ne pas voir le nombre de découvertes de séropositive baisser. Ces avancées thérapeutiques et préventives majeures développées et installées ces dix dernières années ne bénéficient pas de la même façon à toutes les populations cibles du VIH. Il y a un gap qui est en train de se creuser.

NOTRE DOSSIER SUR LE VIH / SIDA

En 2017, Nice rejoignait Paris dans son « Objectif Sida zéro » en 2030. Marseille leur a emboîté le pas. Est-ce un objectif toujours réaliste aujourd’hui ?

Oui. Il le faut. Il ne faut pas qu’on lâche. Il ne faut pas que ça devienne un élément de langage marketing non plus. Il faut qu’on continue à se donner cet horizon-là. On dit 2030, ce sera peut-être 2032 ou 2033, mais la donne, elle, n’a pas changé. On a toujours les outils qui permettent d’y arriver. Et on expérimente des dispositifs qui peuvent réellement faire la différence. Tout ça suppose évidemment qu’il n’y ait pas les coupes budgétaires massives qui attendent les associations, qu’il n’y ait pas la fin de l’AME. Tout dépend du contexte politique. Santé publique France a annoncé, qu’à l’échelle nationale, on était entre 4.200 et 5.700 découvertes de séropositivités en 2022. Et il n’y a pas de raison que ces quelques milliers, on ne puisse pas en venir à bout. Sinon, ça dira quelque chose de la capacité de la France à faire face aux épidémies émergentes futures.

*Selon le dernier bulletin publié par Santé publique France

Les chiffres en Paca, selon l'Agence régionale de santé

- En 2022, le nombre de découvertes des nouvelles infections à VIH en Paca est en légère diminution (329 contre 344 en 2019) soit une baisse de plus de 4 %.

- Parallèlement, l’activité de dépistage du VIH est « importante » en région Paca avec 580.067 sérologies effectuées en 2022.

- L'an dernier toujours, 1.548 personnes ont commencé un traitement préventif (Prep) pour anticiper une infection par le virus VIH.

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