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sexualitéL’utilisation de la PrEP à l’origine d’une hausse des IST ?

VIH : Chlamydia, Gonorrhée… L’utilisation de la PrEP est-elle à l’origine d’une hausse des IST ?

sexualité« Si on constate une hausse des IST, c’est aussi parce qu’on les dépiste beaucoup plus régulièrement », analyse le professeur Jean-Michel Molina
Les IST sont-elles en augmentation, et si oui, cette hausse peut-elle s’expliquer par l’augmentation du recours à la PrEP ? Rien de moins sûr.
Les IST sont-elles en augmentation, et si oui, cette hausse peut-elle s’expliquer par l’augmentation du recours à la PrEP ? Rien de moins sûr. - Canva / Canva
Lise Abou Mansour

Lise Abou Mansour

L'essentiel

  • Dans Sexe, les nouveaux dangers, publié en 2021, l’infectiologue Éric Caumes estime que le remboursement de la PrEP, effectif depuis 2016, revient à « encourager des pratiques à risque » et participe à l’augmentation des infections sexuellement transmissibles (IST).
  • À l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida de ce vendredi, on a voulu démêler le vrai du faux sur la question.
  • Les IST sont-elles en augmentation ? Et si oui, cette hausse peut-elle s’expliquer par l’augmentation du recours à la PrEP ? Rien de moins sûr.

Lors de son dernier dépistage, le résultat est tombé : une chlamydia et une gonorrhée. Laurent, 42 ans, en couple avec un homme séropositif, tous deux étant adeptes de libertinage, n’était pas étonné. Il prend depuis deux ans quotidiennement la PrEP, traitement médicamenteux préventif contre le VIH (mais pas les autres IST), et se passe régulièrement de capotes. « Avant de prendre la PrEP, je ne rigolais pas avec ça. Je me protégeais tout le temps. » D’après lui, plusieurs hommes adoptent le même comportement, estimant que les autres infections sexuellement transmissibles (IST) se soignent et sont moins graves que le VIH. Ils choisissent donc, en prenant ce traitement, de ne pas sortir toujours couverts.

Dans Sexe, les nouveaux dangers, publié en 2021, l’infectiologue Éric Caumes estime que le remboursement de la PrEP depuis 2016 revient à « encourager des pratiques à risque » et participe à l’augmentation des IST, une prise de position controversée, y compris au sein de la communauté scientifique. Ces infections sont-elles réellement en hausse ? Et si oui, peut-on l’expliquer par l’augmentation du recours à la PrEP ? Rien de moins sûr.

Les personnes prenant la PrEP mettent-elles moins de préservatifs ?

Les personnes prenant la PrEP de façon quotidienne ont un plus grand nombre de partenaires et utilisent moins souvent le préservatif, selon une étude ANRS Prévenir. Ce travail, publié en 2019, a été réalisé sur 3.057 volontaires séronégatifs à haut risque d’être infectées par le VIH.

Parmi eux, 99 % d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), à qui a été prescrit de la PrEP, de manière quotidienne ou à la demande. Dans cette cohorte, seuls 20 % des actes sexuels ont été réalisés avec le port d’un préservatif. « L’utilisation du préservatif a baissé chez les gays, mais il continue à être utilisé notamment quand ils utilisent le traitement de manière discontinue, assure David Michels, directeur Innovations et programmes chez Aides. Ce n’est pas tout ou rien. »

Les IST sont-elles vraiment en hausse ces dernières années ?

Le nombre de cas de VIH a diminué entre 2012 et 2022 en France, passant de près de 6.400 à 5.700 par an. Une baisse que l’on retrouve dans la population d’HSH. « Le nombre de personnes infectées a diminué de 30 % ces dix dernières années chez les HSH nés en France, complète Jean-Michel Molina. La PrEP est donc un traitement très efficace pour lutter contre le Sida. »

Contrairement au Sida, dont la déclaration de test sérologique positif est obligatoire, les résultats positifs des autres IST sont moins souvent remontés. « Les chiffres concernant les IST sont donc soumis à caution. Ils sont très incomplets et très variables », prévient le professeur.

Depuis 2016, le nombre de diagnostics d’infection à gonocoque a augmenté continuellement (hors 2020) en Centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD), selon Santé publique France. Le nombre de personnes infectées par la syphilis vues en consultation de médecine générale a aussi augmenté de 42 % entre 2020 et 2021. Il s’agit à 80 % d’HSH. Une augmentation repérée également chez les personnes infectées par un Chlamydia. Elles ont plus que doublé entre 2014 et 2021, passant de 40.700 à 96.900, selon des chiffres de Santé publique France.

Peut-on faire le lien entre cette hausse et la prise de PrEP ?

Selon Jean-Michel Molina, l’augmentation des maladies sexuellement transmissibles s’explique par plusieurs phénomènes. D’une part, une moindre peur du Sida depuis la mise sur le marché de traitements plus efficaces. D’autre part, un manque de communication sur la prévention des MST, ce qui contribuerait à une baisse de l’utilisation du préservatif.

Par ailleurs, « on a changé la façon de faire le diagnostic » concernant la PrEP, indique Dominique Costagliola, directrice de recherche à l’Inserm. Les utilisateurs sont aujourd’hui encouragés à effectuer un dépistage global de manière trimestrielle alors qu’avant, les tests n’étaient réalisés qu’en présence de symptômes. « Si on constate une hausse des IST, c’est donc parce qu’on les dépiste beaucoup plus régulièrement, analyse l'épidémiologiste. On ne trouve que ce que l’on cherche. » Sachant que les trois-quarts sont asymptomatiques, selon une étude qu'elle a dirigée.

Enfin, Dominique Costagliola insiste sur le fait que le remboursement de la PrEP date, on l’a dit, de 2016, alors que la hausse des IST a commencé elle dès les années 2000.

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