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cancerLes enfants vivant près de vastes vignes sont plus à risque de leucémie

Pesticides : Les enfants vivant près de vastes parcelles viticoles ont plus de risque d’avoir une leucémie

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Des chercheurs de l’Inserm ont observé une augmentation du risque de leucémie chez les enfants habitant à proximité d’une vaste zone viticole
Un enfant touchant une grappe de raisin
Un enfant touchant une grappe de raisin  - Canva / Canva
Lise Abou Mansour

Lise Abou Mansour

L'essentiel

  • Les enfants vivant à proximité de vignes ont-ils plus de risque de développer une leucémie aiguë ? C’est la question que se sont posée des chercheurs du laboratoire Cress (Inserm et Université Paris Cité).
  • Les scientifiques ont montré que ce risque n’augmentait pas avec la simple présence de vignes à moins de 1.000 mètres de l’adresse de résidence.
  • Toutefois, les chercheurs ont observé une légère augmentation du risque de leucémie en fonction de la surface totale des vignes présentes dans ce périmètre.

Quel impact les pesticides ont-ils sur notre santé, et plus particulièrement sur celle de nos enfants ? La réponse à cette question est devenue un enjeu de santé publique. Si plusieurs études ont récemment montré le risque d’une exposition domestique et professionnelle à ces substances pendant la grossesse sur la santé des enfants, les données restent limitées concernant les risques pour les plus petits résidant près de parcelles agricoles traitées avec ces mêmes pesticides.

Afin de faire progresser les connaissances sur le sujet, des chercheurs du laboratoire Cress (Inserm et Université Paris Cité) ont mené une étude, en collaboration avec Santé Publique France, pour répondre à une question : les enfants vivant à proximité de vignes ont-ils plus de risque de développer une leucémie – un cancer du sang – aiguë ?

De fortes disparités régionales

Pour répondre à cette question, les scientifiques ont étudié deux groupes d’enfants : 3.111 enfants malades ayant eu une leucémie entre 2006 et 2013, ainsi que 40.196 non-malades. « Leur adresse de résidence a été recensée et combinée à une carte des surfaces en vigne », explique Stéphanie Goujon, chercheuse à l’Inserm et coresponsables du programme Geocap. Les scientifiques ont ensuite défini un périmètre circulaire autour de chaque habitation pour mesurer la présence de vignes à moins de 1.000 mètres de l’adresse de résidence. Si les chercheurs ont décidé de s’intéresser à la viticulture, c’est parce que l’usage de pesticides y est très important et que les parcelles sont plus facilement identifiables.

Au total, 10 % des enfants avaient des parcelles de vigne à moins de 1.000 mètres de leur adresse, mais les chercheurs ont noté de forts contrastes régionaux. Si dans certaines régions, comme la Bretagne ou l’Ile-de-France, le nombre d’enfants non malades vivant à proximité de vignes était de l’ordre de 0 %, il grimpait à 38 % en Occitanie et à 21 % en Provence-Alpes-Côte d'Azur et en Nouvelle-Aquitaine.

Pas de lien prouvé entre proximité aux vignes et leucémie

L’équipe de recherche a d’abord cherché à savoir s’il existait un lien entre la proximité du lieu d’habitation avec des vignes et la leucémie chez les enfants de moins de 15 ans. Les scientifiques ont montré que le risque n’augmentait pas avec la simple présence de vignes à moins de 1.000 mètres.

Comment expliquer ce résultat ? Pour Stéphanie Goujon, la proximité du lieu de résidence n’est pas pertinente si la surface de l’exploitation viticole n’est pas prise en compte. « Il y a des parcelles de petite taille ou vraiment à la bordure des 1.000 mètres. On met donc dans un même groupe des enfants qui ont de fortes surfaces de vignes et d’autres qui en ont de très faibles. L’association va donc être diluée. »

Davantage de risque pour les voisins d’importantes parcelles viticoles

Pour mesurer plus précisément le lien possible, les chercheurs se sont donc intéressés aux enfants résidant à proximité d’une surface viticole importante, en analysant la surface en vignes dans les 1.000 mètres autour de la résidence.

Résultat : les chercheurs ont observé une légère augmentation du risque de leucémie en fonction de la surface totale. Pour chaque augmentation de 10 % de la part couverte par les vignes dans le périmètre de 1.000 mètres, le risque de leucémie lymphoblastique augmente de près de 10 %. « Nous mettons en évidence une augmentation modérée du risque de leucémie », analyse Stéphanie Goujon.

De futures recherches plus approfondies

Mais si parmi les enfants résidant à proximité de vignes importantes, le risque de développer une leucémie est plus élevé, ces résultats ne peuvent pas être transposés individuellement. Un enfant qui habite sur une surface à 100 % occupée par des vignes n’aura pas forcément de leucémie.

« Déjà parce que ce chiffre de 100 % n’est quasiment jamais observé, explique la chercheuse, mais aussi parce qu’il y a sûrement plein d’autres expositions qui peuvent interférer. » Outre des pesticides, les enfants sont potentiellement exposés à d’autres facteurs de risque de diverses pathologies, comme des polluants atmosphériques, des médicaments, des déséquilibres alimentaires, des rayonnements ultraviolets ou des facteurs génétiques.

« On va poursuivre nos travaux, assure Stéphanie Goujon. Plusieurs études en cours étudient le lien entre leucémie aiguë et proximité avec d’autres types de culture. D’autres s’intéressent aux autres types de cancers, comme la tumeur de système nerveux central, le deuxième cancer le plus fréquent chez l’enfant après la leucémie. » Cette dernière est une maladie rare chez l’enfant, avec une incidence de 45 cas pour un million d’enfants par an. En France, environ 500 leucémies sont diagnostiquées chaque année chez les plus jeunes.

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