Covid-19 : Vaccination ciblée, nouveau variant majoritaire… Le programme de rentrée du coronavirus

Virus A quelques jours de la rentrée, le nouveau variant EG.5.1 du Covid-19 est désormais majoritaire, et une campagne de vaccination des personnes les plus à risques démarrera dans les prochaines semaines

Anissa Boumediene
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Le Covid fait-il sa rentrée (en avance) ? — 20 Minutes
  • Après un été relativement insouciant sur le front du Covid-19, les contaminations sont en légère hausse à quelques jours de la rentrée.
  • Une hausse qui s’explique en partie par la circulation d’un nouveau variant plus transmissible.
  • Pour éviter un rebond épidémique qui affecterait les plus vulnérables, une campagne de vaccination doit démarrer dans quelques semaines.

Il n’est toujours pas décidé à se faire oublier. A une semaine de la rentrée scolaire, le Covid-19 se rappelle avec plus de vigueur à notre bon souvenir. « On a effectivement une augmentation des cas », confirme à 20 Minutes le Pr Yazdan Yazdanpanah, infectiologue, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’Hôpital Bichat à Paris. En cause, une circulation du virus favorisée par les vacances estivale et la progression du nouveau variant de la famille Omicron, EG.5.1, plus transmissible.

Face au regain de l’épidémie de Covid-19, « la priorité est de comprendre le nouveau variant et de préparer la campagne de vaccination », jugeait il y a quelques jours Brigitte Autran, la présidente du Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (Covars). Variant majoritaire, campagne vaccinale, surveillance épidémiologique, 20 Minutes se penche sur le programme de rentrée du Covid-19.

Un nouveau variant en progression

Depuis sa mise au jour en novembre 2021, Omicron s’est durablement installé et a fait des petits. Un nouveau variant de cette famille, BA.2.86, est surveillé attentivement par l’OMS en raison d’un « plus grand nombre de mutations » le rendant « susceptible d’évoluer de façon plus importante et de se répandre plus facilement », rappelait-il y a quelques jours Brigitte Autran. Mais s’il a été « détecté au Danemark, en Israël et aux Etats-Unis, il n’est pas encore présent en France », a-t-elle ajouté.

Pour l’heure, c’est plutôt le variant EG.5.1, surnommé Eris par certains scientifiques et découlant de la branche XBB.1.5, qui est dans le viseur. « Les premières évaluations de ce nouveau variant montrent que même s’il est peut-être un peu plus transmissible, il ne semble pas être plus dangereux ou plus sévère, rassure le Pr Yazdanpanah. En outre, même s’il s’accompagne peut-être d’un léger échappement immunitaire, en matière de susceptibilité vaccinale et de traitements, il n’affecte pas significativement leur efficacité. C’est pourquoi l’OMS a classé EG.5.1 comme "variant of interest" [ou variant à suivre], estimant qu’il ne présente pas de risque accru pour la santé publique. Désormais, il faut suivre son évolution dans le temps ». Un avis partagé par le Covars. « On n’exclut pas qu’il devienne majoritaire », mais « nous n’avons pas de signes d’une gravité particulière », a commenté Brigitte Autran.

Un virus toujours en circulation

Si le virus du Covid-19 circule en France de manière « faible », « il faut rester vigilants » face aux évolutions possibles de l’épidémie, estimait mi-août le ministre de la Santé, Aurélien Rousseau. A ce jour, le rebond épidémique a « un faible impact sur les hospitalisations et pré-hospitalisations », a noté la Direction générale de la santé (DGS) lors d’un point presse, évoquant les hausses des passages aux urgences et des actes de SOS Médecins sur « de petits effectifs ».

L’incidence reste à des niveaux faibles : « Elle est passée de 6,2 à 7,7 pour 100.000 », insiste la même source, tout en notant que « ce taux est à interpréter avec prudence et à ne pas comparer avec ceux des années précédentes », à la suite des modifications du dispositif de suivi. Toutefois, « l’indicateur sur lequel nous sommes très vigilants – et pour l’heure pas trop inquiets – porte sur les hospitalisations, souligne le Pr Yazdanpanah. Or, pour l’heure, il y a peu de patients hospitalisés pour Covid, grâce à l’effet protecteur de la vaccination contre les formes graves ».

Une campagne de vaccination ciblée

Pour rester sur cette lancée, le ministre de la Santé a ainsi souligné que cet automne, on pourra « aussi compter sur la vaccination correspondant au virus tel qu’il a été identifié. Et nous devrons protéger en priorité les personnes fragiles ». La campagne de vaccination, programmée « à partir de mi-octobre », couplera ainsi Covid-19 et grippe saisonnière, a précisé la DGS. Un calendrier jugé « cohérent » par le Pr Yazdanpanah. « Mais il faudra suivre l’évolution de la circulation du virus pour estimer s’il est nécessaire d’accélérer la vaccination des personnes les plus à risque ».

« Mais il ne faut pas non plus basculer dans l’alarmisme, poursuit-il. Face au variant Eris, le paxlovid n’est a priori pas moins efficace ». Autre nouvelle rassurante face à la progression de ce variant, « les premières données scientifiques suggèrent qu’il est sensible aux nouveaux vaccins qui seront disponibles au début de l’automne », a abondé Brigitte Autran. Et pour cette campagne de vaccination, trois vaccins seront disponibles et proposés aux populations à risque : « deux vaccins à ARN messager mis au point pendant le printemps par les laboratoires Pfizer et Moderna, ainsi qu’un vaccin aux particules recombinantes, développé par Novavax en suivant les préconisations de l’OMS ».

Une surveillance allégée mais toujours active

Toutefois, le système de surveillance du Covid-19 n’est plus ce qu’il a été au plus fort de la pandémie. La plupart des Etats qui avaient mis en place des dispositifs de surveillance spécifiques les ont en général démantelés, estimant que la menace était désormais moins sévère et ne justifiait plus ces dépenses. Un « désarmement » déploré par l’OMS, qui continue « d’appeler à une meilleure surveillance, séquençage et notification du Covid-19 », qui « continue de circuler dans tous les pays, de tuer et de changer », a récemment souligné son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

En France, le système de surveillance du virus a été allégé et est actuellement « proche de celui de la grippe », a indiqué Brigitte Autran. « On ne dispose plus des mêmes données qu’avant, le suivi n’est plus aussi fin, confirme le Pr Yazdanpanah. Or il faut continuer à surveiller la circulation du virus. Pour autant, il y a toujours une surveillance active du virus, avec notamment les enquêtes flash de Santé publique France, qui ont permis d’ailleurs d’établir la proportion de ce nouveau variant. Par ailleurs, outre la question des moyens de surveillance, on se dépiste beaucoup moins, ce qui participe à la baisse des données dont on dispose ». Entre la baisse des contaminations et le déremboursement partiel des tests, le dépistage est en effet devenu anecdotique.

Pour autant, « les autorités sanitaires n’ont pas baissé la garde, elles sont vigilantes », mais « les modalités de surveillance ont été adaptées pour tenir compte de l’évolution de la situation », a plaidé la DGS. Mais pour s’adapter à l’évolution de la situation sanitaire, « il est prévu que pendant l’automne, le système soit réajusté pour faire face de manière optimale à une amplification des risques », a précisé la présidente du Covars.

Vivre avec le virus et le masque

Car en pratique, « nous devrons, encore pendant plusieurs saisons, vivre avec les résurgences de ce virus », a rappelé le ministre de la Santé Aurélien Rousseau. Ainsi, si le retour du port du masque obligatoire n’est pas à l’ordre du jour, « il sera envisagé si on repassait dans une phase épidémique intensive, mais pour l’instant on n’en est pas là », a déclaré la présidente du Covars.

Dans le même temps, le ministre de la Santé a insisté sur les gestes barrières, qui doivent rester des réflexes pour se protéger. « Quand on a des symptômes, le réflexe du masque doit s’imposer », a-t-il insisté.

C’est une question de bon sens, renchérit le Pr Yazdanpanah : « Si on a des symptômes évocateurs du Covid-19 ou d’une autre infection respiratoire, il faut protéger les personnes qui nous entourent, en particulier les plus vulnérables, âgées ou immunodéprimées. On doit vivre avec le Covid-19, et rester vigilants. Mais heureusement, grâce aux vaccins et aux traitements efficaces dont on dispose, nous ne sommes plus aujourd’hui face à la même maladie qu’au temps de la première vague », rassure-t-il.