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VirusUn décès, des mutations génétiques… Faut-il craindre la grippe aviaire ?

Grippe aviaire : Un décès, des mutations génétiques… Faut-il s’alarmer face au virus ?

VirusEn Chine, une femme est décédée après avoir contracté le virus de la grippe aviaire
Illustration de volailles en France.
Illustration de volailles en France. - Tristan Reynaud/SIPA / Pixpalace
Anissa Boumediene

Anissa Boumediene

L'essentiel

  • En Chine, un premier décès dû à la souche H3N8 de la grippe aviaire a été enregistré.
  • Au Chili, un échantillon de grippe aviaire prélevé chez un patient infecté cette fois-ci par la souche H3N8 indique que le virus contient deux mutations indiquant une capacité d’adaptation aux mammifères.
  • Faut-il pour autant craindre une pandémie de grippe aviaire ?

Les cas sont sporadiques, mais il semble y avoir de plus en plus de contaminations humaines par la grippe aviaire. En Chine, une femme est décédée après avoir contracté la souche H3N8 du virus, en circulation depuis 2002 et qui n’avait fait jusqu’à présent aucune victime humaine connue, a indiqué il y a quelques jours l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans le même temps, au Chili, Les scientifiques ont découvert chez un homme contaminé par la souche H5N1 de la grippe aviaire qu’il était porteur d’un virus ayant deux mutations génétiques, de nature à le rendre plus transmissible à l’homme.

Que signifient ces contaminations ? Une souche mutante de la grippe aviaire pourrait-elle causer une pandémie ? 20 Minutes fait le point sur ce que l’on sait du virus.

Que sait-on de la souche H3N8 du virus ?

Le virus H3N8, apparu pour la première fois sur le continent nord-américain, était considéré jusqu’à présent comme susceptible de se transmettre aux chevaux, aux chiens et aux otaries. Il n’avait pas été détecté sur des humains avant deux premiers cas, non mortels, en Chine en avril et en mai 2022.

La personne décédée est une habitante de la province de Guangdong, dans le sud-est de la Chine, âgée de 56 ans. Tombée malade le 22 février, elle a été hospitalisée pour une pneumonie grave le 3 mars et est décédée le 16 mars, selon l’OMS. « La patiente avait des prédispositions multiples. Elle avait des antécédents d’exposition à la volaille vivante avant le début de la maladie, et des antécédents de présence de volatiles sauvages autour de son domicile », a indiqué l’organisation.

La fréquentation d’un marché aux oiseaux vivants pourrait avoir causé cette contamination mais « la source exacte de cette infection reste à déterminer, de même que le lien entre ce virus et les autres grippes aviaires de type A (H3N8) qui circulent dans le milieu animal », a ajouté l’OMS, appelant à des recherches sur la question. L’organisation a souligné que les données disponibles montraient que ce virus ne se transmettait pas entre humains et que, par conséquent, « le risque de sa propagation au niveau national, régional et mondial est considéré comme faible ». L’OMS a cependant rappelé la nécessité d’une surveillance constante en raison des mutations permanentes des virus.



Quelles sont les particularités de la souche H5N1, identifiée chez un homme au Chili, et où sévit-elle ?

Autre pays et autre souche : au Chili, un homme de 53 ans a été infecté en mars par la souche H5N1 du virus. Un échantillon prélevé sur le patient a révélé que le virus qu’il avait contracté contenait deux mutations génétiques indiquant une adaptation aux mammifères, ont déclaré il y a quelques jours des responsables des Centres de contrôle et de prévention des maladies. Des études ont démontré que ces mutations, observées dans le gène PB2, aident le virus à mieux se répliquer dans les cellules de mammifères.

Et ces dernières années, H5N1 s’est répandue sur le globe. Depuis octobre 2021, « l’Europe subit l’épizootie [épidémie animale] d’influenza aviaire hautement pathogène la plus dévastatrice qu’elle ait jamais connue, rappelle Santé publique France. De nombreux foyers, très majoritairement dus au virus H5N1 ont été identifiés chez les volailles domestiques et les oiseaux sauvages, ayant entraîné l’abattage de plusieurs millions d’oiseaux. L’étendue géographique de cette épizootie est également sans précédent, avec la quasi-totalité des continents touchés, en particulier l’Europe, l’Asie, les Amériques et dans une moindre mesure l’Afrique ».

Dans l’Hexagone, « 315 foyers en élevage ont été confirmés depuis le 1er août dernier », relate le ministère de l’Agriculture. Et dans la faune aviaire sauvage, « le nombre de cas a également fortement progressé en France en 2022-2023 avec des centaines d’oiseaux infectés trouvés morts sur le territoire, et une endémisation de l’infection de l’avifaune qui s’étend aux oiseaux non migrateurs », complète Santé publique France.

Y a-t-il un risque de transmission interhumaine, voire de pandémie de grippe aviaire ?

« Si la plupart des virus aviaires n’infectent pas l’homme, certains sous-types parviennent parfois à franchir la barrière des espèces : c’est le cas du virus H5N1, pathogène pour l’homme et présent en Asie, rappelle l’Institut Pasteur. A l’heure actuelle, la transmission du virus ne se fait que de l’animal à l’homme, mais les autorités sanitaires redoutent une évolution du virus vers une forme transmissible d’homme à homme, porte ouverte à une pandémie ».

Le risque en population générale reste faible, ont abondé des responsables de la santé au Chili, et aucun cas humain supplémentaire n’a été lié à l’homme infecté, qui reste hospitalisé. Une nouvelle d’autant plus rassurante que l’échantillon prélevé sur le patient indique que le virus n’est pas porteur d’autres mutations génétiques qui l’aideraient à mieux se propager parmi les humains. « Il existe trois grandes catégories de changements que nous pensons que H5N1 doit subir pour passer d’un virus aviaire à un virus humain, a assuré au New York Times Richard J. Webby, expert en grippe aviaire au St. Jude Children’s Research Hospital, aux Etats-Unis. Les séquences du virus identifié chez le patient au Chili portent une seule de ces catégories de changements. La plus facile à mettre en œuvre pour le virus. » Pour Anice C. Lowen, virologue spécialiste de la grippe à l’Université Emory, toujours aux Etat-Unis, ces mutations observées sont « comme une étape sur la voie de l’adaptation à l’homme et d’un risque accru pour l’homme. Donc c’est certainement inquiétant de les voir ».

Une « menace » jugée « réelle » par l’Institut Pasteur : « La propagation de l’infection chez les oiseaux augmente la probabilité de l’apparition d’un nouveau virus grippal dans la population humaine. De plus, le sous-type a une grande capacité à muter au cours du temps, mais aussi à échanger ses gènes avec des virus grippaux appartenant à d’autres sous-types infectants d’autres espèces. Le risque de voir apparaître un nouveau virus capable de se transmettre d’homme à homme est à prendre en considération. » Or, souligne l’Institut Pasteur, « l’apparition d’un virus grippal appartenant à un sous-type viral totalement inconnu de la population humaine, comme H5N1, rend inefficace la mémoire immunitaire de la population. Ceci est en faveur d’une pandémie ». Mais pour l’heure, l’OMS considère que « le risque de transmission à l’homme des virus de la grippe aviaire circulant à l’heure actuelle est faible, et aucune transmission interhumaine n’a été documentée ».

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