Le Covid long ne durerait pas plus d’un an, selon une étude

virus Une étude publiée ce jeudi dans la revue « British medical journal », les symptômes persistants liés au Covid long disparaîtraient dans l’année suivant la contamination

Anissa Boumediene
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Selon une étude publiée ce jeudi, la plupart des patients souffrant d'un Covid long voient leurs symptômes persistants disparaître dans l'année suivant leur infection bénigne.
Selon une étude publiée ce jeudi, la plupart des patients souffrant d'un Covid long voient leurs symptômes persistants disparaître dans l'année suivant leur infection bénigne. — AFP
  • Les symptômes du Covid long ne persisteraient pas au-delà d’un an après avoir développé une forme bénigne du virus, selon une étude publiée ce jeudi dans le British medical journal.
  • Pour les chercheurs, la vaccination anti-covid aurait un effet protecteur face au Covid long.
  • En outre, Omicron et ses sous-variants causeraient moins de formes longues de la maladie.

Depuis le début de la pandémie, ils sont des millions à travers le monde à avoir décrit des symptômes persistants après une contamination par le Covid-19. A la stupeur des médecins et scientifiques, confronté à un large éventail d’effets de ce nouveau virus sur lequel tout était à découvrir. Mais un Covid long, c’est long comment ? Quelques semaines, quelques mois, ou plus ? Trois ans après la mise au jour du coronavirus, les scientifiques commencent à avoir suffisamment de recul pour se faire une idée.

Selon une étude publiée ce jeudi dans le British Medical Journal (BMJ), « la plupart des symptômes ou des états qui se développent après une infection bénigne au Covid-19 persistent pendant plusieurs mois, mais reviennent à la normale au cours de l’année » suivant la contamination.

« La grande majorité des patients iront bien après un an »

En pratique, un Covid long se traduit par la persistance de symptômes ou l’apparition de nouveaux, plus de quatre semaines après une infection initiale. Et « selon une précédente étude publiée l’année dernière sur le Covid long et les séquelles du virus, à plus d’un an, plus d’un tiers des patients souffraient encore de symptômes liés au Covid-19 », rappelle le Dr Benjamin Davido, infectiologue et médecin référent de crise Covid-19 à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine).

Et des patients souffrant de Covid long, l’infectiologue en a reçus beaucoup au début de la pandémie. « Les premières consultations en 2020 pour symptômes persistants concernaient des patients qui n’avaient pas pu être testés parce que le dépistage n’était pas accessible à tout le mode au début de la pandémie, se souvient-il. On recevait des malades inquiets d’éprouver des symptômes au-delà de six semaines et qui étaient inquiets ». Des patients revus régulièrement et « à six mois, un certain nombre allaient mieux, à un an, globalement, ils étaient guéris ou avec des symptômes résiduels », confirme l’infectiologue.

Maytal Bivas-Benita, chercheuse à l’Institut de recherche israélien KI et coautrice de l’étude, s’est dite « encouragée » par les résultats, dans un contexte notamment de craintes quant à la durée pendant laquelle les symptômes pourraient persister. « La grande majorité des patients iront bien après un an, et je pense que c’est une bonne nouvelle », s’est-elle félicitée.

Moins de Covid longs avec Omicron

« Ces résultats suggèrent que, bien que le phénomène de Covid long ait été redouté et discuté depuis le début de la pandémie, la grande majorité des cas d’infection bénigne ne souffrent pas de symptômes graves ou chroniques à long terme », expliquent les chercheurs, qui ont passé au crible la base de dossiers électroniques de la deuxième caisse d’assurance maladie d’Israël, Maccabi Healthcare Services, dont près de deux millions d’adhérents se sont fait tester au Covid-19 entre le 1er mars 2020 et le 1er octobre 2021.

En outre, « avec les nouveaux variants et sous-variants de l’ère Omicron, les Covid longs sont deux fois moins présents qu’avec les souches précédentes, selon la plupart des études de prévalence, relève le Dr Davido. Probablement parce qu’Omicron génère au départ des formes souvent moins symptomatiques, voire asymptomatiques, donc c’est assez logique ».

Ainsi, en consultation, « on est quand même moins sollicités par cette problématique de covid long depuis l’arrivée d’Omicron. Et sans doute aussi, comme le démontre cette nouvelle étude, parce qu’un certain nombre de cas datant du début de la pandémie a fini par guérir de ces symptômes persistants. Même s’il reste certainement un noyau dur de personnes extrêmement malades à distance de leur infection. En revanche, on n’a plus cette affluence de patients présentant un Covid long depuis Omicron ».



L’effet protecteur de la vaccination

Mais il n’y a pas qu’Omicron qui explique ce phénomène. Les résultats montrent par ailleurs que « les personnes vaccinées ont été moins exposées au risque de difficultés respiratoires – l’effet le plus commun observé en cas d’affection légère – que les personnes non-vaccinées », précisent les auteurs de l’étude.

« C’est démontré : la vaccination réduit la probabilité de se contaminer jusqu’à 45 %, et réduirait de 30 % le risque de Covid long, ce qui est très positif, salue le Dr Davido. Le vaccin aurait même une action curative dans certains cas : on estime que la vaccination, en stimulant à des taux très élevés la production d’anticorps neutralisants, permet la clairance de la protéine Spike ». En clair : elle permettrait au corps de développer la capacité d’éliminer le virus logé dans les cellules, débarrassant le patient de ses symptômes persistants.

Les temps prochains incertains

Alors, avec un taux de rappel vaccinal en chute libre en France, faut-il redouter un retour de flamme avec une hausse des contaminations et une nouvelle explosion des cas de Covid long ? « Le scénario chinois actuel, avec un nombre colossal de contaminations au sein d’une population peu vaccinée, augmente les risques de voir apparaître un nouveau variant, craint le Dr Davido. Et là, le risque en cascade, c’est une nouvelle vague très forte en France, dans une population qui n’a pas fait de rappel vaccinal et qui perd son immunité. Mathématiquement, cela engendrerait de nouveaux cas de Covid longs. On a tendance à oublier le bénéfice du vaccin : depuis son arrivée, le visage de la pandémie en France n’est plus le même. Or, personne n’a envie de repayer le fardeau d’une forme longue qui peut durer des mois voire plus ».

En septembre, au moins 17 millions de personnes en Europe avaient souffert d’un Covid long au cours des deux premières années de la pandémie, selon des modélisations de l’Organisation mondiale de la santé.