Recherche : Une machine qui a du pif pour détecter le cancer du poumon

INNOVATION Le CHU de Lille et un consortium franco-belge mettent au point un « nez électronique » qui doit permettre de détecter le cancer du poumon en analysant les composés organiques volatiles (Cov) contenus dans l’haleine des patients

Mikaël Libert
Le prototype de «nez électronique» qui doit permettre de détecter le cancer du poumon grâce aux composés organiques volatiles contenus dans l'haleine des patients.
Le prototype de «nez électronique» qui doit permettre de détecter le cancer du poumon grâce aux composés organiques volatiles contenus dans l'haleine des patients. — M.Libert / 20 Minutes
  • Le CHU de Lille et une dizaine de chercheurs franco-belges mettent au point un « nez électronique » capable de détecter le cancer du poumon.
  • La machine analyse les composés organiques volatils (Cov) spécifiques à l’organe cancéreux présents dans l’haleine des patients.
  • L’idée est d’en faire un outil de diagnostic précoce de la maladie qui permettrait aux patients de bénéficier d’un traitement curatif.

Respirer, dépister. Ils sont une dizaine de chercheurs et d’entreprises franco-belges à bosser, depuis quelques années maintenant, sur le projet Pathacov, une machine permettant de détecter le cancer broncho-pulmonaire grâce aux composés organiques volatiles présents dans l’haleine. S’il n’est pas encore tout à fait au point, ce nez électronique promet de faire gagner un temps précieux dans le dépistage précoce de cette pathologie.

Chacun a déjà fait l’amère expérience de deviner ce qu’une personne a pu manger ou boire rien qu’en sentant son haleine, surtout lorsqu’il s’agit d’ail ou d’alcool. Pour autant, diagnostiquer une maladie chez son interlocuteur par ce biais est une autre paire de manches, même si le principe reste le même : détecter et analyser les composés organiques volatiles (Cov) spécifiques à tel aliment, telle boisson ou telle maladie. L’exercice n’est pas impossible, mais pas avec le nez d’un être humain. En revanche les chiens y parviennent déjà, notamment pour le cancer du sein au travers du projet KDOG de l’Institut Curie. « Je me vois mal installer un chenil au sein du CHU ou de mettre un chien dans chaque cabinet de généraliste », plaisante le professeur Arnaud Scherpereel, chef du service pneumologie-oncologie thoracique au CHU de Lille.

Une machine qui fonctionne comme un nez biologique

D’où l’idée de développer une machine capable de faire le boulot du chien pour détecter les Cov spécifiques au cancer du poumon. « Les Cov des organes changent lorsqu’ils deviennent cancéreux et ont ainsi leur propre signature moléculaire », explique le professeur Régis Matran, pneumologue au CHU de Lille. « Nous avons récolté des échantillons auprès de 500 patients malades ou sains afin de constituer un jeu de données qui est une véritable mine d’or », poursuit-il. Ce jeu de données servira à apprendre à l’intelligence artificielle de la machine à détecter et identifier l’empreinte d’une personne malade d’une personne saine.

Ce « tri », ce sera l’affaire de plusieurs capteurs de gaz miniaturisés conçus par le docteur Driss Lahem de l’entreprise Materia Nova. Le module contenant les capteurs est, lui, intégré au « nez électronique ». « Dans son ensemble, la machine fonctionne exactement comme un nez biologique dont les récepteurs font transiter des informations via les neurones jusqu’au cerveau », précise Justin Martin, le doctorant de l’université de Liège qui a développé le premier prototype. L’empreinte, générée par l’algorithme du « nez » à partir des Cov, est envoyée au médecin traitant, lequel, en y incluant les données de son patient, pourra parvenir à une interprétation.



Les chercheurs manquent encore de données en nombre suffisant pour faire fonctionner leur « nez » de manière optimale, reconnaît Justin Martin. Un manque qui devrait être bientôt comblé par des tests cliniques sur des patients malades. La machine en elle-même doit aussi être rationalisée pour intégrer facilement les cabinets des généralistes. « Le but, c’est d’en faire un outil de diagnostic non invasif, accessible et peu onéreux, en amont du dépistage par scanner thoracique », insiste le professeur Scherpereel. L’enjeu est de taille en termes de santé publique. Détecté de manière précoce, un cancer du poumon peut faire l’objet d’un traitement curatif offrant une espérance de vie de 90 % à 5 ans, contre 20 % sur la même période pour un cancer entré en phase métastatique.