Santé : Que deviennent les praticiens radiés de Doctolib ?

FAKE OFF Nous sommes allés les rencontrer pour comprendre comment ils organisaient désormais leur quotidien sans la plateforme

Lina Fourneau
Illustration photo du site Doctolib
Illustration photo du site Doctolib — FRANCOIS GREUEZ/SIPA
  • Après plusieurs semaines de polémiques, la plateforme des rendez-vous médicaux Doctolib a décidé fin octobre de se recentrer exclusivement sur les soignants « référencés par les autorités », poussant vers la sortie près de 5.700 « praticiens du bien-être ».
  • Naturopathes, sophrologues, hypnothérapeutes et psychanalystes ont jusqu'au mois d'avril pour trouver une autre solution et quitter la plateforme.
  • Un mois après cette annoncé, « 20 Minutes » est allé prendre le poul de ces professionnels radiés.

Fin octobre, Doctolib a pris une décision plus qu’importante pour sa plateforme. Après quelques mois de débat, l’application de référencement des professionnels de santé a annoncé se recentrer sur les professionnels référencés. Tous les « praticiens de bien-être » étaient alors écartés de la plateforme. 5.700 professionnels sont concernés et parmi eux des naturopathes, des sophrologues, des hypnothérapeutes, ainsi que des psychanalystes.

Cette décision arrive après quelques semaines de consultations et quelques polémiques autour de praticiens peu fiables référencés, le patron de Doctolib Stanislas Niox-Chateau a annoncé « prendre ses responsabilités ». La plateforme a-t-elle considérablement changé depuis ? Pour savoir, 20 Minutes est allé frapper à la porte des cabinets de ces praticiens radiés.

FAKE OFF

Tout d’abord, il est important de savoir que la décision de Doctolib n’est pas à proprement parler une décision immédiate. « Conformément à nos conditions d’abonnement, les clients concernés bénéficient d’une période de 6 mois leur permettant de réorganiser leur gestion des rendez-vous », expliquait le communiqué publié par la plateforme le 26 octobre dernier.

Y a-t-il eu quelques évolutions depuis ? Oui, répond la plateforme, auprès de 20 Minutes. « Certains ont d’ores et déjà fait le choix de suspendre leur abonnement à la suite de notre décision en octobre. D’autres, sont toujours clients et donc référencés, le temps de réorganiser leur gestion de rendez-vous. Néanmoins, aucune nouvelle souscription n’est possible pour ces quatre professions-là ».

Un effet sur les réservations

Dans le 8e arrondissement de Paris, la naturopathe Léa Pellerin fait partie des métiers concernés par le déférencement de Doctolib. « On a désormais le choix de rester jusqu’en avril ou non. Est-ce que c’est intéressant de rester jusqu’en avril ? Pour le moment, oui. Mais là, je n’ai plutôt beaucoup de réservations ». Selon la naturopathe, la décision de Doctolib aurait réduit le nombre de demandes en naturopathie sur l’application. Soit le nouveau patient n’est pas au courant du délai de six mois, soit cela a entraîné un nouveau désamour des médecines douces par le grand public, craint Léa Pellerin.

Quelques semaines après l’annonce, la naturopathe qui a un an d’ancienneté ne se projette pas dans les prochains mois. « Je ne sais pas encore vers quelle plateforme me tourner », avoue Léa Pellerin qui salue néanmoins l’aide fournie par Doctolib, qui aurait conseillé les praticiens à travers une liste de nouvelles plateformes. « Je ne sais pas quelle est la clientèle qui va dessus. S’il faut payer 120 euros par mois, il faut déjà un bon nombre de potentiels nouveaux clients ». Alors en attendant, Léa Pellerin travaille son référencement sur Google, comme lui a conseillé Doctolib.

« La porte ouverte à n’importe quoi »

Si la naturopathe a été surprise lorsqu’elle a appris la décision de la plateforme dans les médias il y a quelques semaines, Léa Pellerin avoue qu’elle n’est pas tant étonnée désormais. « Nous ne sommes pas reconnus, c’est forcément la porte ouverte à n’importe quoi. Dans nos métiers, il y a des gens super sérieux mais il y a aussi des charlatans », analyse la naturopathe qui souligne une décision « compliquée » pour Doctolib. « On est aussi un chiffre d’affaires pour eux. C’est un manque à gagner ».

Une chose véritablement à changer, selon elle, serait la reconnaissance des métiers comme la naturopathie par l’Etat. « L’Etat ne réglemente pas ces métiers-là. Or, il faut plus que ça soit réglementé et cela fonctionnerait grâce à la reconnaissance du métier ».

Des petites économies

Quelques arrondissements plus loin, dans le 6e plus exactement, une hypnothérapeute [qui a souhaité rester anonyme] fait également partie des praticiens priés de trouver d’autres solutions que Doctolib. Une décision peu surprenante pour la professionnelle après les quelques mois tumultueux pour la plateforme. En août, le parquet de Montpellier a notamment ouvert une enquête pour « exercice illégal de la médecine » visant des faux médecins qui se faisaient passer pour des psychiatres.

Contrairement à la naturopathe rencontrée plus tôt, l'hypnothérapeuthe voit la chose comme un nouveau départ. « Ça ne me gêne pas beaucoup dans ma pratique dans la mesure où Doctolib n’est pas très porteur pour m’amener des patients », souligne l’hypnothérapeute qui pointe du doigt le prix à débourser chaque mois pour les praticiens. « Plus d’une centaine d’euros. Doctolib, c’est vraiment très cher », regrette-t-elle. Avant d’ajouter : « Je vais prendre une autre centrale de rendez-vous en ligne qui aura l’avantage d’être moins cher. Leur service est bien, mais il y en a d’autres ».