Grippe : Pourquoi les Français tardent-ils à se faire vacciner cette année ?

Piqûre de rappel Un mois après le début de la campagne de vaccination contre la grippe, près de 20 % de doses en moins ont été administrées par rapport à la même période l’année dernière.

Charlotte Murat
Vaccination contre le Covid-19 et contre la grippe saisonnière des pensionnaires dans un Ehpad.
Vaccination contre le Covid-19 et contre la grippe saisonnière des pensionnaires dans un Ehpad. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • Cette année, alors que les hôpitaux sont déjà confrontés au Covid-19 et à la bronchiolite, les Français se font moins vacciner contre la grippe, alors que le virus promet d’être particulièrement « virulent ».
  • La semaine dernière a été marquée par une « augmentation de l’ensemble des indicateurs de la grippe », selon l’agence Santé publique France et les pharmaciens tout comme les soignants sont inquiets sachant que le vaccin met « trois semaines pour être pleinement efficace ».
  • Trois facteurs expliquent ce mauvais taux de vaccination, selon Pierre-Olivier Variot, le président de l'Union des syndicats de pharmacies d’officine : la « lassitude » face aux vaccins, la météo clémente de l’automne et le temps de latence entre l’envoi des bordereaux aux personnes à risques et le début effectif de la vaccination.

Les pharmaciens sont inquiets, les soignants sont inquiets. « Les données montrent un retard très important de la vaccination antigrippale », notait lundi un communiqué de l’Uspo (Union des syndicats de pharmacies d’officine), qui redoute une épidémie de grippe « particulièrement intense » cet hiver. Ce qui n’arrangerait pas du tout la situation dans les hôpitaux, déjà confrontés par ailleurs à la pression constante du Covid-19 et à une épidémie de bronchiolite de grande ampleur. Pourquoi les Français boudent-ils le vaccin contre la grippe cette année ? 20 Minutes fait le point.

Où en est la vaccination antigrippe ?

La campagne de vaccination a débuté le 18 octobre. A la date du 18 novembre, un peu plus de sept millions de doses avaient été distribuées, contre 8,6 millions l’an dernier dans le même temps de passage. Soit 18,3 % de moins, selon les données collectées auprès de 14.000 des 20.000 pharmacies françaises et publiées par la société IQVIA, spécialiste des données de santé, sur sa plateforme opendata. « Plus de 1,5 million de doses non administrées, c’est un retard conséquent qu’il faut rattraper tout de suite avant qu’il ne soit trop tard », note Pierre-Olivier Variot, le président de l’Uspo. Car, rappelle-t-il, le vaccin met « trois semaines pour être pleinement efficace ». Or l’épidémie de grippe a déjà mis un pied dans la porte, prête à envahir toute la France, comme le détaille cet article :


La grippe sera là plus tôt cette année, mais surtout plus fort. La grippe sera « virulente », a mis en garde le ministre de la Santé, François Braun, invité dimanche du Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro. « Avec l’épidémie de Covid-19, les confinements et le port du masque, il n’y a pas eu d’épidémie pendant deux ans. Notre immunité est donc très faible face à ce virus », détaille Pierre-Olivier Variot.

Pourquoi les Français se vaccinent-ils moins cette année ?

Certes, 40 % des Français sont méfiants envers les vaccins, ce qui fait de nous des champions du monde en la matière. Mais en ce qui concerne cette campagne antigrippale en particulier, Pierre-Olivier Variot observe trois facteurs malheureusement combinés pour expliquer la baisse de la vaccination. Tout d’abord, une certaine « lassitude » face à la vaccination. Les plus de 60 ans et les plus fragiles sont appelés à se faire doublement vacciner cette année : la grippe et une deuxième dose de rappel anti-Covid. Et il n’existe à ce jour aucun vaccin combiné contre les deux virus.

La météo a également beaucoup joué. Inutile de rappeler que le mois d’octobre 2022 a été le plus chaud jamais enregistré. Or, « quand il faut beau, les gens n’ont pas la tête à aller se faire vacciner », note Pierre-Olivier Variot. Enfin, note le pharmacien, il se passe trop de temps entre la réception des bordereaux de vaccination par les publics prioritaires et le moment où ils peuvent se faire vacciner : « Ils ont été envoyés début ou mi-septembre. Or, nous n’avons commencé la campagne que le 18 octobre. Entre-temps, ils avaient été rangés et oubliés. » Pierre-Olivier Variot plaide donc pour un début de vaccination plus précoce.

Comment accélérer la campagne de vaccination ?

Si tous les professionnels de santé s’agitent autour de cette question de la vaccination contre la grippe, c’est parce que ce virus touche entre deux et huit millions de personnes chaque année en France et tue entre 10.000 et 15.000 personnes. François Braun a assuré que le système de santé pourra « supporter l’arrivée de la grippe si tout le monde y met du sien (et) si les personnes les plus fragiles se font vacciner ». 

Seule solution pour Pierre-Olivier Variot, que « les autorités mettent en place une grande campagne de communication » à l’image de ce qui a été fait pour le Covid-19. D’autant qu’en plus de la surcharge des hôpitaux, l’épidémie de grippe pourrait aggraver la pénurie d’antibiotiques, craint Pierre-Olivier Variot, « certains médecins prescrivant des antibiotiques en cas d’infection, sans savoir s’il s’agit d’un virus ou d’une bactérie. »