Trouver des WC, un « parcours du combattant » pour les personnes atteintes de maladies intestinales

TOILETTES La ville de Montpellier s’est engagée auprès de l’association Afa à permettre aux malades d’accéder aux sanitaires de certains de ses bâtiments publics

Nicolas Bonzom
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Des toilettes publiques, sur l'esplanade, à Montpellier.
Des toilettes publiques, sur l'esplanade, à Montpellier. — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Pour les personnes atteintes par les maladies de Crohn et de la rectolite hémorragique, trouver des toilettes publiques est, souvent, une vraie galère.
  • Ces maladies inflammatoires chroniques intestinales imposent à ceux qui en souffrent de faire des pauses régulières, et souvent imprévisibles, au petit coin.
  • L’Association François Aupetit (Afa) Crohn-RCH se bat pour simplifier le quotidien de ces malades chroniques. La ville de Montpellier vient de s’engager à ouvrir à ces personnes les toilettes de certains de ses bâtiments publics.

Sortir en ville est une véritable expédition, pour les personnes atteintes par les maladies de Crohn et de la rectocolite hémorragique (RCH). Avant de s’y aventurer, il faut s’assurer qu’il y a bien des toilettes, sur leurs parcours. Car ces maladies inflammatoires chroniques intestinales imposent à ceux qui en souffrent, environ 200.000 personnes aujourd’hui en France, de faire des pauses régulières, et souvent imprévisibles, au petit coin.

Encore faut-il trouver des WC. Et qu’ils soient ouverts. « Je me promène en ville, quand tout à coup une urgence se manifeste », confie Christine, 45 ans, atteinte de la maladie de Crohn, qui a témoigné de sa mésaventure auprès de l’Association François Aupetit (Afa) Crohn-RCH, qui se bat, depuis de longues années, pour simplifier le quotidien de ces malades chroniques. « Il me faut des toilettes, et vite. Je n’ai qu’une ou deux minutes au maximum pour en trouver, sinon, c’est la catastrophe ! Les intestins n’attendent pas, ils sont incontrôlables. Je prends la poignée [des toilettes] en main et, quelle surprise, la porte est fermée à clé…. Je ne peux plus bouger, je suis comme tétanisée. »



« Un vrai parcours du combattant »

Si une poignée de petites et moyennes communes en France, ont accepté de s’attaquer aux difficultés de ces personnes, l’association se félicite qu’enfin une métropole, Montpellier (Hérault), prenne le problème à bras-le-corps. La capitale héraultaise s’est en effet engagée auprès de l’Afa, pour élargir les possibilités d’accès aux toilettes aux malades. « Un malade qui chemine dans la ville réalise un vrai parcours du combattant, déplore Elodie Brun-Mandon (divers gauche), élue à la santé. J’ai été convaincue par cet impératif de rendre notre ville plus accessible, et faire de Montpellier une ville exemplaire en termes d’accessibilité. L’accès aux toilettes est une priorité. Nous devons agir pour lever les tabous injustifiés autour de ce sujet de santé publique de premier plan. »

Ainsi, la commune, qui entend poursuivre ses efforts en la matière (29 toilettes publiques aujourd’hui, alors qu’il n’y en avait qu’une seule avant 2014), ouvrira les WC de certains de ses bâtiments publics aux personnes détentrices de la carte « Urgence toilettes ». Un laissez-passer, créé par l’Afa pour ses adhérents, pour leur permettre d’être bien accueilli, dans les établissements partenaires, publics ou privés, comme des bars, repérables grâce à un autocollant discret. L’association a aussi participé à la création d’une application, gratuite et participative, « Où sont les toilettes ? », qui référence les petits coins partout dans le monde, y compris celles des établissements partenaires d’Urgence Toilettes.

« Un véritable problème sociétal »

« C’est un véritable problème sociétal, un véritable problème de santé publique, et personne n’en parle », confie Michel Liberatore, secrétaire général, et délégué régional Occitanie de l’Afa. Au-delà des communes, l’Afa espère que les établissements scolaires et les entreprises de transports en commun, notamment la SNCF, s’en emparent.

Aujourd’hui, ça bouge un peu. La ville de Lille et des communes de la région parisienne ont notamment contacté l’association. Mais ça presse. Car beaucoup de personnes atteintes par ces maladies se confinent ou s’imposent des « anorexies volontaires pour ne pas avoir de difficultés », déplore Michel Liberatore. Et certaines vident leur porte-monnaie, en payant des cafés qu’elles ne boivent pas, dans les bars, pour pouvoir accéder aux toilettes. « Ça m’est arrivé, note le secrétaire général de l’association. Il m’est arrivé de payer jusqu’à 14 euros par jour, à Nîmes, pour aller aux toilettes. »