Nice : Pour la première fois, un traitement pour soigner le vitiligo est validé et le CHU y a contribué

MEDECINE Le professeur Thierry Passeron, chef du service de dermatologie au CHU de Nice, a fait partie de l’équipe d’experts qui a permis d’élaborer un traitement pour les personnes atteintes de vitiligo

Elise Martin
Enam Heikeens, atteinte de vitiligo, est mannequin après avoir longtemps souffert de moqueries à cause de sa maladie
Enam Heikeens, atteinte de vitiligo, est mannequin après avoir longtemps souffert de moqueries à cause de sa maladie — SIPA
  • Avec plus d’un million de personnes concernées par le vitiligo en France, le professeur Thierry Passeron, dermatologue au CHU de Nice, estime qu’il est « primordial » d’avancer sur les recherches pour un traitement.
  • Il fait d’ailleurs partie d’une équipe internationale dont la crème pour repigmenter la peau vient d’être validée par l’agence américaine du médicament.
  • C’est la première fois qu’un traitement est validé par cette institution. Il est en cours d’autorisation par l’agence européenne.

Le vitiligo, cette maladie dans laquelle le système immunitaire détruit les pigments de la peau, est longtemps resté méconnu. Pourtant, il touche près de 2 % de la population mondiale dont un million de personnes en France. « C’est donc important de trouver des solutions pour le soigner », affirme le professeur Thierry Passeron, chef du service dermatologie au CHU de Nice. Il fait partie d’un groupe international d’experts qui a élaboré un traitement pour la repigmentation de la peau, le premier approuvé par la Food and Drug Administration, l’agence américaine du médicament, et qui devrait être autorisé par l’agence européenne « fin 2023 » avec « un remboursement par l’assurance maladie les mois d’après », indique le spécialiste.


Le professeur Thierry Passeron
Le professeur Thierry Passeron - T. Passeron


La participation de Nice a un tel projet est « exceptionnelle » car « peu de Français en font partie » mais historiquement, le CHU a toujours été impliqué. « Le professeur Jean-Paul Ortonne, considéré que le père du service dermatologie de Nice, a été l’un des précurseurs de la recherche sur le vitiligo en France et il m’a transmis sa volonté de savoir, développe le professeur Thierry Passeron. Ce qui fait qu’aujourd’hui, Nice est un pôle international reconnu sur le sujet, avec Créteil et Bordeaux. »

Une repigmentation complète pour le visage

Les essais de cette crème, nommée Opzelura (ruxolitinib), ont été faits sur 600 personnes adultes et enfants de plus de douze ans avec vitiligo. « Deux grandes études internationales ont confirmé son efficacité, notamment sur le visage, souligne le professeur. Ainsi, avec une application deux fois par jour, pendant six à vingt-quatre mois, la repigmentation est complète. On a observé une stabilité des résultats positifs mais, si jamais le vitiligo persiste, il est possible de refaire le traitement », précise le chercheur.

De plus, cette crème « est très bien tolérée » chez les patients et « ne nécessite pas de prise de sang », insiste le dermatologue. Il indique tout de même que « certaines zones sont difficiles à repigmenter, comme les pieds ou les mains ». C’est ce sur quoi d’autres essais sont en cours. « En tout début d’année prochaine, dans notre institut niçois, on va poursuivre nos études sur la greffe de mélanocytes sur ces zones en combinant avec le traitement ruxolitinib, développe-t-il. On sait également qu’il faut associer le traitement à des rayons UV pour permettre de refaire de la couleur sur la peau. » Il travaille également sur des tests pour permettre un traitement pour les enfants dès six ans.

Un site Internet avec les dernières informations

Si tous ces traitements paraissent « lourds » et longs, ce n’est « rien » comparé à ce que peuvent vivre certaines personnes avec un vitiligo. « Les patients sont vraiment motivés, ils viennent parfois de loin pour avoir nos solutions. On sous-estime parfois le poids de cette maladie. Elle est loin d’être bénigne, en particulier sur le retentissement qu’elle peut avoir sur la qualité de vie des patients, dans le secteur professionnel, dans leur vie sociale ou affective. Et la plupart des médecins, 70 % en France, estimaient jusqu’à peu de temps qu’on ne pouvait rien faire. Désormais, on maîtrise mieux le sujet. C’est donc primordial d’apporter des solutions pour ces gens qui en souffrent. »



L’expert en profite pour « faire taire les idées reçues » : « Les patients atteints de vitiligo n’ont pas plus de risques d’attraper de cancer de la peau. Et ce n’est pas une maladie héréditaire. Dans 90 % des cas, le terrain génétique ne se transmet jamais, comme pour d’autres maladies auto-immunes ». Il ajoute : « Elle n’est absolument pas contagieuse ». Un site Internet a été créé pour obtenir toutes les dernières informations à ce sujet.