Montpellier : Un test sanguin pour détecter les troubles bipolaires

RECHERCHE Ce dépistage, mis au point par le professeur Raoul Belzeaux, pourrait être une grande avancée, car la maladie est souvent repérée tardivement

Nicolas Bonzom
Une prise de sang (Illustration).
Une prise de sang (Illustration). — WIDMANN PETER/TPH/SIPA
  • En France, entre 650.000 et 1.600.000 personnes souffriraient de bipolarité.
  • Mais cette maladie est souvent mal détectée, et mal prise en charge.
  • Pour mieux détecter les troubles bipolaires, le professeur Raoul Belzeaux a mis au point un dépistage, qui débute avec une simple prise de sang. L’analyse des cytokines, mêlée à d’autres données, grâce à une ingénieuse intelligence artificielle, devrait bientôt permettre de mieux détecter la maladie.

En France, entre 650.000 et 1.600.000 personnes souffriraient de troubles bipolaires, selon la Fondation FondaMental, qui rassemble des scientifiques qui œuvrent pour la lutte contre les troubles psychiatriques. Cette maladie particulièrement contraignante, qui se manifeste par l’alternance de phases euphoriques et de phases dépressives, est, aujourd’hui, souvent mal détectée, et mal prise en charge. Mais ça pourrait changer.

Raoul Belzeaux, professeur de psychiatrie et chercheur au CHU et à la faculté de médecine de Montpellier (Hérault), a mis au point, avec son équipe, un dispositif innovant, capable de mieux dépister une bipolarité chez un patient. « Comme le problème le plus fréquent, c’est la dépression, on identifie aujourd’hui souvent les patients comme souffrant d’une dépression et pas de troubles bipolaires, confie le psychiatre à 20 Minutes. Entre les premiers symptômes et le bon diagnostic, il se passe, souvent, une dizaine d’années. »



Des antidépresseurs souvent inadaptés aux troubles bipolaires

Et en attendant, la maladie évolue, défavorablement. Et les antidépresseurs, souvent prescrits aux patients que l’on pense dépressifs, sont inadaptés aux réels troubles dont ils souffrent. Pour les personnes souffrant de bipolarité, les antidépresseurs peuvent s’avérer inefficaces. « Ils prennent donc un traitement pour rien, pointe Raoul Belzeaux. Ou bien les antidépresseurs sont trop efficaces, et ils vont générer des phases d’exaltation délétères, ou même, aggravent les dépressions, et le risque suicidaire. »

Le dépistage, mis au point par l’équipe du professeur montpelliérain, débute avec une simple prise de sang, dans un laboratoire. C’est l’analyse des cytokines, qui assurent le lien entre les cellules, qui va permettre de rendre compte d’éventuels troubles bipolaires. Mais pas seulement. Ces mesures seront mêlées à d’autres données, grâce à une ingénieuse intelligence artificielle, qui a connaissance d’une multitude de profils médicaux. L’âge du patient, l’intensité des troubles, le tabagisme, etc., devront notamment être renseignés auprès de cet algorithme pour qu’il puisse se prononcer. Son diagnostic devra, enfin, être confirmé par un médecin spécialiste ou généraliste.

Ce test innovant a encore un peu de chemin à faire. D’ici 2024, Raoul Belzeaux et son équipe devront mener une batterie de tests pour démontrer que ce dispositif est une avancée majeure, pour la détection de la bipolarité. Pour y parvenir, le professeur a besoin de fonds. Le 13 octobre, il a reçu le prix Marcel Dassault pour son innovation, avec une enveloppe d’environ 100.000 euros. « Avec la Fondation FondaMental, nous recherchons des mécènes pour mener à bien ce projet, confie Raoul Belzeaux. Plus nous aurons les moyens rapidement, plus nous seront capables de produire une étude rapidement. »