Roselyne Bachelot: «L'IVG doit être une composante obligatoire de l'offre de santé»

ENTRETIEN La ministre dévoile son plan pour la santé des femmes...

Propos recueillis par Charlotte Mannevy

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A.REAU / SIPA
Vous prévoyez de nouvelles mesures en faveur de l'interruption volontaire de grossesse. Pourquoi?
L'IVG doit être une composante obligatoire de l'offre de soin. Or, selon un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales qui sera rendu public la semaine prochaine, il y a de fortes disparités régionales. En Picardie, 61% des IVG sont médicamenteuses (c'est-à-dire réalisées à moins de 5 semaines de grossesses), ce taux descend à 38% en Franche-Comté. Cela montre que la prise en charge n'est pas la même partout.

Je vais donc demander aux Agences régionales de santé de mailler le territoire pour que toutes les femmes puissent bénéficier d'une prise en charge précoce.

Allez-vous mettre en place de nouvelles actions de prévention?

Oui. Pour répondre aux problèmes spécifiques de certains territoires, notamment des zones rurales, où les jeunes filles ont difficilement accès aux centres de planification, nous allons donner aux mineures la possibilité de consulter gratuitement et anonymement un médecin généraliste pour accéder à la contraception.

Avec Luc Chatel, le ministre de l'Education, nous préparons également un plan d'information à destination des jeunes filles et des jeunes garçons. Nous allons aussi mobiliser les médecins et infirmières scolaires.

Les adolescents ne sont pas assez informés?

Les résultats de l'enquête m'ont interpellé. Deux tiers des jeunes filles de troisième pensent qu'elles ne peuvent pas tomber enceinte lors des premiers rapports sexuels. Certaines pensent que la pilule contraceptive se prend seulement au moment du rapport! C'est un problème à prendre au sérieux. 30.000 mineures avortent chaque année.

Vos efforts vont-ils aussi porter vers les établissements qui pratiquent l'IVG?
Oui. Nous avons relevé la tarification de 60% depuis 2008 et nous allons à nouveau l'augmenter de 10%.
L'IVG, parent pauvre de la médecine
«Nous nous félicitons des annonces de la ministre, a réagi ce jeudi Danièle Gaudry, médecin au Mouvement pour le planning famillial. Il faut savoir que la tarification ne couvre toujours pas le prix coûtant d'une IVG. Dans le même temps on demande aux hôpitaux de pratiquer des actes rentables. Du coup certains établissements se détournent de l'IVG chirurgicale. Aujourd'hui en Ile-de-France, il faut attendre trois semaines pour une prise en charge.»