Marseille : L'IHU peut-il tourner la page Didier Raoult ?

SUCCESSION Pierre-Edouard Fournier a pris la suite de Didier Raoult à la tête de l’IHU en juillet, alors que se succèdent les rapports accablants tant sur le management et la conduite des recherches, et qu’une information judiciaire a été ouverte ce mardi par le parquet de Marseille.

Alexandre Vella
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Des personnes attendent pour se faire dépisté devant l'IHU de Marseille. (Archive)
Des personnes attendent pour se faire dépisté devant l'IHU de Marseille. (Archive) — FREDERIC MUNSCH/SIPA
  • Le gouvernement a saisi le parquet de Marseille, qui a ouvert une information judiciaire après un nouveau rapport dénonçant des dérives et dysfonctionnements au sein de l’IHU anciennement dirigé par Didier Raoult.
  • Son successeur, Pierre-Edouard Fournier, nommé en juillet, pourra-t-il réformer l’institut ?
  • Rien n’est moins sûr, estime Cédric Bottero, secrétaire CGT à l’AP-HM, pour qui cette nomination est une mascarade.

« Echec et mat », avait twitté Didier Raoult le 13 juillet dernier, jour de la nomination officielle du professeur Pierre-Edouard Fournier comme son successeur à l’IHU. Pierre-Edouard Fournier est un ancien étudiant de Didier Raoult, sous la direction duquel il a passé sa thèse en 1999.

« Cette nomination est une mascarade. Didier Raoult va continuer à mener en sous-main », estime Cédric Bottero, secrétaire général de la CGT FERC Sup de l’Université d’Aix- Marseille (AMU) qui a mené les auditions CHST (Comité d’hygiène de sécurité et des conditions de travail). Des auditions qui ont notamment mis en évidence « des situations de harcèlement moral et sexuel depuis 2017 », appuie le syndicaliste. Un élément de dysfonctionnement dénoncé également dans le rapport de la mission IGAS-IGESR, à la suite duquel le gouvernement à saisi le parquet de Marseille, qui a ouvert une information judiciaire. Contacté, l'IHU n'a pas répondu à nos sollicitations.

« Ce rapport documente et confirme des dérives et des dysfonctionnements graves au sein de l’IHU en matière de management, de conduites des activités de recherche et certaines pratiques de soin », ajoutent les Hôpitaux universitaires de Marseille (AP-HM) dans un communiqué. La direction de l’AP-HM, établissement auquel est rattaché l’IHU, rappelle « son refus de reconduire tacitement la convention qui liait jusqu’alors les deux institutions. La révision de cette convention mettra en œuvre les recommandations formulées par les inspections », précise le communiqué.

Libérer la parole

Des mesures et des rapports dont le contenu « ne surprend pas » Cédric Bottero. Pour le syndicaliste, il ne s’agit « pas de changer juste la tête d’épingle mais toute la direction. J’attends un double mouvement. D’abord, que la saisine du parquet aille jusqu’au bout avec suffisamment d’éléments pour des mises en examen. Ensuite, que l’AMU, l’Inserm et l’IRD prennent des mesures administratives sans attendre la fin de la procédure judiciaire pour prendre des mesures conservatoires et éloignent les dirigeants de là ». Notamment les fidèles de Didier Raoult, le professeur Eric Chabrière et Philippe Parola, chef du service des maladies infectieuses de l’IHU.

Durant les CHST menés dans deux des quatre laboratoires de l’IHU, de nombreux témoignages individuels ébauchaient le début « d’une libération de la parole. La nomination de Fournier a mis un coup d’arrêt. Les agents attendent de voir si ça bouge vraiment », poursuit Cédric Bottero, alors qu’une nouvelle audition CHST est prévue ce mercredi et une suivante la semaine prochaine.