Alimentation : Buitoni, Kinder… Y a-t-il de plus en plus de rappels de produits ?

SANTE PUBLIQUE Ces derniers mois, les rappels de produits alimentaires semblent se multiplier

Anissa Boumediene
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Ces derniers mois, pas un seul jour ou presque ne s'écoule sans que des signalements de rappels et de retraits de produits alimentaires ne se produisent.
Ces derniers mois, pas un seul jour ou presque ne s'écoule sans que des signalements de rappels et de retraits de produits alimentaires ne se produisent. — REMY GABALDA / AFP
  • Alors que les affaires Buitoni et Kinder ont ébranlé la confiance des consommateurs, de nombreux produits alimentaires ont fait l’objet d’un rappel ces derniers mois.
  • Y en a-t-il davantage de denrées contaminées retirées des rayons ?
  • L’information des consommateurs est-elle efficace ?

Crèmes glacées retirées des rayons pour cause de présence d’ oxyde d’éthylène, une substance classée cancérogène et interdite en Europe. Graves intoxications provoquées par des pizzas Buitoni contaminées par la bactérie E. coli. Pénurie cet été de biscuits chocolatés Mikado, Petit Ecolier, Granola, Pépito ou Pim’s à cause d’une alerte à la salmonelle dans une des usines du fournisseur en chocolat du groupe Mondelez. Et, pas plus tard que lundi, steaks hachés rappelés - là encore - en raison de la présence de salmonelles.

Ces derniers mois, pas un seul jour ou presque ne s’écoule sans que des signalements de rappels et de retraits de produits alimentaires ne se produisent. Alors que le grand public reste marqué par les scandales récents de Buitoni et Kinder, les rappels sont-ils plus nombreux ? Faut-il y voir le signe de contrôles plus efficaces et d’une information plus transparente ? Ou d’une inflation des défaillances dans les chaînes de production ? 20 Minutes s’est penché sur ces produits à ne surtout pas mettre dans nos assiettes.

Comment sont effectués les contrôles sanitaires des produits alimentaires, et qui lance les rappels de produits contaminés ?

« Toutes les entreprises agroalimentaires ont une obligation d’autocontrôle, indique Stéphanie Chevalier-Lopez, Meilleur Ouvrier de France 2019 dans la classe conseil et expertise en sécurité alimentaire en restauration et fondatrice de SCL Qualité. Elles envoient des échantillons de leurs produits en laboratoire pour analyse. En outre, elles s’autocontrôlent entre elles : à l’échelle industrielle, les distributeurs vont faire des audits chez leurs fournisseurs ».

Mais « cet autocontrôle peut être pratiqué à des degrés différents, précise Roland Girerd, secrétaire général de Solidaires CCRF, syndicat majoritaire de la DGCCRF​. Les industriels ont l’obligation de maîtriser le risque sanitaire sur leurs chaînes de production, et pour certains, l’autocontrôle n’est pas effectué en laboratoire. Il peut s’agir d’un simple contrôle visuel visant à s’assurer qu’il n’y a pas de débris sur la chaîne. En revanche, en cas de contamination, elles sont soumises à une obligation légale de signalement auprès de nos services, poursuit-il. Ensuite, notre unité d’alerte s’assure que les rappels soient lancés, que l’information soit relayée auprès des distributeurs déjà livrés ».

En pratique, « dès qu’il y a une menace sur la santé publique, il y a une obligation légale pour les professionnels de l’agroalimentaire d’informer les autorités sanitaires et de procéder à ces retraits [des entrepôts et des rayons] et rappels [de produits déjà vendus] de produits impropres à la consommation », détaille Ingrid Kragl, directrice de l’information de Foodwatch France.

En parallèle de cet autocontrôle, « nos agents et agentes procèdent à des contrôles et prélèvements sur les chaînes de production et à la vente au détail permettant de mettre au jour des contaminations, ajoute Roland Girerd. Et nos services sont en lien avec les autorités européennes et les autres administrations de contrôle, car les produits alimentaires sont soumis à la réglementation française et européenne ».

Comment expliquer que des produits alimentaires devant être contrôlés se retrouvent en magasins s’ils ont été souillés ?

« Le problème se pose particulièrement pour les produits frais tels que la viande ou les pizzas, souligne Stéphanie Chevalier-Lopez. Quand les industriels envoient des échantillons pour analyse à des laboratoires, cela peut prendre de cinq à dix jours. Or, ils envoient ces produits sur le marché avant d’avoir les résultats, ce qui explique qu’il y a plus de rappels sur des produits frais que sur des produits en conserve, par exemple. Techniquement, pour le moment, on ne sait pas avoir de résultats suffisamment rapides en amont de la distribution par rapport à la durée de vie courte de certains produits ».

Pour Ingrid Kragl, il y a deux autres explications : « Les affaires Buitoni et Ferrero en sont l’illustration : il y a un contexte politique qui favorise l’émergence de ces scandales. D’abord, on l’a dit, la réglementation s’appuie sur l’autorégulation et les autocontrôles, ce qui n’est pas suffisamment efficace. Trop souvent, des géants de l’agroalimentaire ne communiquent pas avec les autorités sur des problèmes. En outre, il y a de moins en moins de moyens publics pour assurer en amont les contrôles sanitaires. Conséquence : les rappels sont souvent effectués trop tard. C’est d’ailleurs souvent le point de départ des investigations : le constat de pics épidémiques conduit à mener l’enquête pour trouver la source des intoxications », déplore-t-elle.

« Nous faisons tout ce que nous pouvons avec les moyens dont on dispose, mais nos effectifs sont en baisse constante ces dernières années : il y a moins de 3.000 agents pour tout le territoire. Nos conditions de travail se sont dégradées et nous n’avons pas les moyens d’assurer l’ensemble de nos missions », alerte Roland Girerd. Et la suite n’est pas forcément rassurante. « La DGCCRF est placée sous l’autorité du ministère de l’Economie, mais les alertes alimentaires vont bientôt passer sous la responsabilité du ministère de l’Agriculture, poursuit-il. Ce qui se profile, c’est une dilution de l’action administrative, des injonctions contradictoires, et au final, une perte d’efficacité dommageable pour les consommateurs. Or, dans un contexte d’inflation et de recherche du profit, c’est d’autant plus important que les administrations de contrôle aient des moyens conséquents pour assurer leurs missions, et ne pas laisser le système reposer sur la seule confiance accordée aux industriels ». Ainsi, « l’exemple de Buitoni illustre une défaillance tripartite : de l’entreprise qui est responsable de sa production, de ses clients distributeurs et des services de contrôle qui subissent le manque d’effectifs, abonde Stéphanie Chevalier-Lopez. Comment a-t-on pu en arriver là ? »

Y a-t-il une multiplication des rappels de produits alimentaires, ou sont-ils plus visibles ?

Pour autant, « la qualité des contrôles en France est élevée, rassure Stéphanie Chevalier-Lopez. Le risque zéro n’existe pas, mais le taux d’intoxication alimentaire est stable. Il n’y a pas davantage de rappels, mais le lancement de la plateforme publique Rappel Conso a permis d’améliorer leur visibilité ».

Lancé par le gouvernement en avril 2021, ce site « centralise les alertes de produits dangereux, indique le ministère de l’Agriculture. Un site public unique où les professionnels déclarent les produits faisant l’objet d’un rappel et où les consommateurs peuvent retrouver la liste exhaustive, fiable et actualisée des produits dangereux rappelés, qu’il s’agisse de produits alimentaires ou non alimentaires ».

L’information des consommateurs est-elle efficace et accessible ?

« Le site Rappel Conso rend l’information plus disponible pour qui veut la chercher de manière proactive, tempère Ingrid Kragl. Elle n’est pas plus visible dans les rayons des supermarchés, et reste souvent absente sur les sites des marques concernées, leurs réseaux sociaux ou les sites de vente en ligne. Il y a encore un vrai manque de transparence pour les consommateurs. L’un des derniers rappels publiés sur de la viande hachée contaminée par de la salmonelle, dangereuse pour la santé, ne mentionne aucune information sur les points de vente concernés. C’est une demi-information ».