Rentrée des classes 2022 : Pourquoi le sport au collège ou au lycée « c'est bien, mais pas assez »

ACTIVITE Les heures consacrées à l’activité sportive au collège et au lycée sont insuffisantes et le manque d’exercice peut aboutir à des problèmes de santé physique et mentale

Cécile De Sèze
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Des jeunes jouent au foot
Des jeunes jouent au foot — Jacques Witt/SIPA
  • Santé publique France tente d’alerter sur la santé des adolescents en lançant ce jeudi une campagne pour inciter les parents à veiller davantage à la pratique sportive de leurs enfants.
  • Les heures de cours d’EPS au collège et au lycée sont très insuffisantes par rapport aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les jeunes.
  • Margot Bayart, médecin généraliste et vice-présidente du syndicat Médecins Généralistes de France (MGF), contactée par 20 Minutes, alerte sur les risques encourus et propose quelques conseils pour y remédier.

Nos adolescents bougent-ils assez ? Le constat est suffisamment inquiétant pour que Santé publique France lance jeudi, jour de la rentrée scolaire, une campagne pour pousser les jeunes à davantage faire du sport. Car, comme le disent les autorités sanitaires, « faire bouger les ados, ce n’est pas évident. Mais les encourager, c’est important ». Cette initiative est « une très bonne nouvelle » pour Margot Bayart, médecin généraliste et vice-présidente du syndicat Médecins Généralistes de France (MGF), contactée par 20 Minutes.

Les résultats de plusieurs études révèlent, en effet, que la situation est de plus en plus inquiétante pour la santé des jeunes. La première, Esteban, réalisée en 2015, démontre que parmi les enfants de 6-17 ans, seulement 50,7 % des garçons et 33,3 % des filles atteignent la recommandation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de pratiquer au moins soixante minutes d’activité physique d’intensité modérée à élevée par jour. Passé l’âge de 10 ans, une nette baisse de l’activité physique est observée, davantage marquée chez les filles : sur la tranche d’âge 11-14 ans, 33,7 % des adolescents et 20,2 % des adolescentes atteignent cette recommandation.

Le ministère des Sports recommande en pratique de cumuler au moins une heure d’activité physique ou sportive en plus des activités physiques de la vie quotidienne de faible intensité et de celles qui sont inférieures à dix minutes. Il faut en plus des séances d’activités soutenues d’au moins vingt minutes, au moins trois fois par semaine et des activités de renforcement musculaire et osseux au moins trois jours par semaine.

Des risques sur la santé

Par ailleurs, la proportion de jeunes passant trois heures ou plus devant un écran chaque jour atteint 70 % chez les 11-14 ans, 71 % chez les filles et 87 % chez les garçons de 15-17 ans. La sédentarité avec notamment la consommation des écrans en augmentation et la pratique sportive en baisse : une combinaison qui peut favoriser les problèmes de santé. D’autant que la crise sanitaire a aggravé la situation avec 53 % des enfants qui ont augmenté leur temps d’écran, selon une étude d’Ipsos pour l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique et l’Union nationale des associations familiales, parue en février dernier.

« C’est même catastrophique, s’alarme Margot Bayart, sur le plan de la santé physique, avec le risque d’obésité, mais aussi mentale ». « On risque de voir des problématiques cardiorespiratoires car les adolescents sont des personnes en pleine croissance et ils ont besoin de développer leurs capacités cardiaques et respiratoires », développe-t-elle. Le tout ajouté à une alimentation pas toujours saine

A l’école, une pratique sportive insuffisante

Une activité sportive est pourtant prévue par l’Education nationale, avec un enseignement obligatoire d’éducation physique et sportive (EPS) hebdomadaire de quatre heures en classe de sixième, trois heures dans les autres niveaux de classe du collège et entre deux et trois heures par semaine dans les lycées généraux, technologiques et professionnels, précise le ministère à 20 Minutes. Mais ce n’est pas suffisant, et c’est loin des recommandations de l’OMS.

Outre le temps accordé à l’activité sportive, Margot Bayart s’interroge également sur l’intensité de l’activité pratiquée et le temps réel accordé au sport. « Souvent à l’école, sur les deux heures d’EPS, vous avez déjà trente minutes de marche pour aller jusqu’au stade, souligne-t-elle. De plus, si vous êtes dans les buts en jouant au foot, l’activité ne va pas être très intense. » Il faut aussi prendre en compte que dans un groupe de 30 élèves, ce n’est pas toujours toute la classe qui est mobilisée. « C’est compliqué pour le professeur d’être derrière tout le monde », ajoute la médecin selon laquelle, à l’école, « il y a une grosse partie de remise en mouvement, ce qui est déjà bien, mais pas assez ».

Quelques conseils

Ce n’est pas toujours à la portée de chacun de pouvoir inscrire son enfant à des activités extrascolaires, mais il existe des moyens simples et pas toujours coûteux pour y remédier : « il faut se saisir de tous les moments où l’on peut favoriser la pratique plutôt que la facilité : prendre les escaliers à la place de l’ascenseur ou des escalators, aller à l’école en marchant ou à vélo », propose Margot Bayart. Si parfois cela peut prendre plus de temps, on peut couper plus tôt la télévision et remplacer le temps d’écran par la marche. « La marche ne nécessite aucun moyen, juste d’avoir deux pieds », rappelle-t-elle.

Ainsi, baisser les consommations d’écran pour laisser plus de place à la pratique sportive peut prévenir l’adolescent de futurs problèmes de santé car « ils sont en train de mettre en péril la santé de nos ados », alerte Margot Bayart. L’Education nationale pousse cette année dans cette direction en expérimentant, à partir du 7 novembre dans près de 140 collèges, deux heures d’activité physique et sportive supplémentaires. Et le contexte des JO de Paris en 2024 peut favoriser un engouement pour la pratique sportive.