Santé des femmes : Contre les douleurs des règles, le Spasfon n'est pas un placebo, c'est une alternative

FAKE OFF Le Spasfon n’est pas vraiment un médicament pour les règles douloureuses, mais faute de mieux, il reste une solution

Lina Fourneau
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Le Spasfon sous toutes ses formes
Le Spasfon sous toutes ses formes — XAVIER VILA/SIPA
  • Jeudi, sur Twitter, plusieurs internautes se sont inquiétées de l’effet placebo qu’aurait le Spasfon, médicament connu pour soulager les douleurs des règles.
  • Ce médicament n’est en réalité pas un placebo, mais un antispasmodique utilisé généralement pour les problèmes gastriques.
  • Même s’il ne sert pas, à l’origine, à traiter les douleurs pelviennes, le Spasfon reste utile pour soulager, face au manque d’alternatives en libre-service.

Des années de maux de ventre traités avec un médicament au goût de bonbon : le célèbre Spasfon. Chaque mois, c’est la même rengaine pour les femmes atteintes de lourdes douleurs pendant leurs règles. En pharmacie, le Spasfon semble être la solution miracle accordée à toutes les victimes de ce qu’on appelle « la dysménorrhée », les douleurs survenant au moment des cycles menstruels.

De quoi glisser le terme « Spasfon » en tête des tendances Twitter jeudi dernier. Derrière le hashtag, tous les avis sont unanimes : ce médicament – souvent montré comme l’unique remède – ne servirait en réalité à rien. C’est notamment la publication d’une internaute qui a lancé la mutinerie, estimant que la molécule n’est pas efficace contre les dysménorrhées et ne doit pas servir en tant qu’antidouleur. Le tweet est très vite relayé. « J’ai jamais vu un médicament aussi inefficace. Mettez-le dans la catégorie : sucrerie s’il vous plaît », lance une première. « Vraie femme sait que Spasfon ne fait rien quand on a ses règles », renchérit une seconde.

Pire encore, selon l’internaute « lanceuse d’alerte » , le Spasfon – au-delà de son inutilité – aurait un effet placebo, agissant ainsi uniquement sur l’aspect psychologique. Qu’en est-il vraiment ? 20 Minutes s’est penché sur la question.

FAKE OFF

Il faut tout d’abord savoir que le Spasfon est considéré comme un antispasmodique. Selon le dictionnaire médical Vidal, le médicament « lutte contre les contractions anormales et douloureuses de l’intestin, des voies biliaires, des voies urinaires et de l’utérus ». Il peut être utilisé pour des calculs biliaires, des coliques néphrétiques ou des règles douloureuses. Sauf que pour ce dernier cas, son utilisation n’est pas certaine.

D'après un rapport rendu en 2008 par la Haute Autorité de santé (HAS), le Spasfon montre une efficacité dans la disparition des douleurs pelviennes après trois jours de traitement. Toutefois, on peut aussi lire dans ce rapport : « Aucune recommandation ne préconise l’utilisation d’antispasmodiques lors d’une douleur pelvienne quelle que soit son étiologie (dysménorrhées, endométriose, pose de stérilet…). Ces spécialités doivent être considérées comme un traitement d’appoint ». Le rapport recommande d’ailleurs des alternatives thérapeutiques plus spécifiques à ces douleurs, notamment les antalgiques de palier I. Ces derniers sont plus connus sous le nom d’Ibuprofène, mais nous y reviendrons.

Peu d’alternatives

Pourquoi le Spasfon est-il donc vu comme le Saint-Graal des douleurs de règles dans toutes les pharmacies ? Nous sommes allés demander à Bruno Maleine, le directeur de l'Ordre national des pharmaciens. « A disposition du pharmacien, comme ça, en vente libre, nous n’avons pas non plus beaucoup d’alternatives à proposer à une patiente », tranche le pharmacien. Faute de mieux, le Spasfon reste le traitement efficace « pour répondre à une demande à l’instant T afin d’essayer de soulager la patiente ».

Ce classement « faute de mieux » se retrouve d’ailleurs dans une précédente enquête publiée en 2017 par le magazine 60 millions de consommateurs. Elle montrait que parmi les médicaments en vente libre [61 en tout], seule une petite minorité était réellement efficace. Comme vingt autres produits, le Spasfon avait alors été classé comme ayant une efficacité « faible ou non prouvée, mais ayant peu ou rarement d’effets indésirables ».

Pas d’effet placebo

L’Ordre national des pharmaciens se veut également rassurant : même si le Spasfon est un antispasmodique, il est tout à fait possible de l’utiliser pour tous les problèmes gynécologiques, « même pour les contractions chez les femmes enceintes ». « Le plus important est de savoir qu’il n’est pas dangereux pour la santé », ajoute-t-il. Par contre, le chef de file des pharmaciens réfute l’idée selon laquelle le Spasfon aurait un effet placebo. « On ne peut pas le qualifier comme tel à partir du moment où c’est un antispasmodique qui agit sur les muscles ».

Bruno Maleine assure toutefois avoir un rôle d’orientation à tenir en fonction des douleurs vécues par les femmes. « Au comptoir de la pharmacie, c’est aussi notre métier d’expliquer à la patiente qu’il y a plein d’origines différentes pour ces douleurs de règles et qu’il faut qu’il y ait une prise en charge médicale, qu’il existe des traitements efficaces et ciblés », soutient le président de l’Ordre national des pharmaciens. Un traitement hormonal ou une pilule progestative pourraient par exemple être discutés avec le médecin traitant ou le gynécologue.

« On peut également utiliser des anti-inflammatoires stéroïdiens, par exemple l’Ibuprofène. Mais il faut quand même être prudent, avec toutes les précautions d’emploi que ça peut avoir », prévient notre interlocuteur. Pour ce qui est des antalgiques de pallier II contenant de la codéine, ils sont désormais vendus sous prescription médicale. « Et là, il faut faire attention au risque de dépendance ».