Variole du singe : Pas de place, manque de doses, délais… Où en est-on du plan de vaccination ?

EPIDEMIE Deux semaines après l’ouverture de la vaccination préventive contre la « Monkeypox », le plan du gouvernement ne semble pas encore au point

Marie De Fournas
Le plan élargie de vaccination contre la variole du singe peine encore à se lancer en France.
Le plan élargie de vaccination contre la variole du singe peine encore à se lancer en France. — Canva
  • Selon les derniers chiffres officiels disponibles, 1.567 cas de varioles du singe ont été détectés en France, faisant du pays l’un des plus contaminés d’Europe.
  • Si le gouvernement a lancé un plan de vaccination mi-juillet, les personnes concernées peinent encore aujourd’hui à obtenir des rendez-vous faute de créneaux, mais aussi de doses disponibles.
  • Association et institution appellent le gouvernement à prendre des mesures pour une meilleure prise en charge de cette épidémie qui touche principalement des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes.

Ça urge. Au 21 juillet, la France comptait 1.567 cas de varioles du singe selon Santé publique France et dimanche, l’Organisation mondiale de la santé a déclenché son plus haut niveau d’alerte pour tenter de juguler la flambée de cas. Autant d’indicateurs qui inquiètent et font « ressurgir le traumatisme des années sida », insiste dans un communiqué ce lundi l’Inter-LGBT, qui fédère une soixantaine d’associations.

Face à cette maladie qui touche principalement les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes et pour laquelle il n’existe pas de remède, la vaccination apparaît comme l’une des solutions primordiales pour lutter contre l’épidémie. Le gouvernement qui s’est vu reprocher son action trop lente face au Covid en 2020, fait-il mieux en 2022 contre à la variole du singe ?

Quel est le plan de vaccination du gouvernement ?

Le 7 juillet dernier, la Haute Autorité de santé recommande de proposer la vaccination préventive aux groupes les plus exposés au virus. Le ministère de la Santé en prend acte et dès le lundi 11 juillet, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les personnes trans, ou encore les travailleurs du sexe peuvent prendre rendez-vous pour recevoir un vaccin. Dans la foulée, une carte interactive des centres français où il est possible de se faire vacciner est publiée sur le site du gouvernement.

Dans un communiqué, le ministère de la Santé indique que le déploiement de ces centres est coordonné par les agences régionales de santé (ARS). Il précise que certains sont « déjà actifs » et que d’autres « vont s’ouvrir dans les semaines à venir, pour couvrir l’ensemble du territoire métropolitain et ultramarin ». Sur le papier, le plan semble rouler, mais dans les faits, la situation sur le terrain est parfois embourbée selon les départements.

Est-il possible de prendre rendez-vous ?

Il y a deux semaines, deux lecteurs nous assuraient qu’il était impossible de prendre un rendez-vous à Paris et en Ile-de-France malgré leurs multiples tentatives d’appels et de mails. Aujourd’hui, le problème n’est pas totalement résolu selon l’association de lutte contre le VIH/Sida Act Up-Paris qui pointe du doigt une prise de rendez-vous très difficile. « Il y a un nombre de créneaux disponibles pour la vaccination qui est largement insuffisant, en particulier dans les territoires ruraux », nous confie-t-il.

Même constat du côté de l’Inter-LGBT qui dénonce des « lieux de vaccination insuffisants et des créneaux indisponibles sur Doctolib ». Pour le vérifier, nous avons appelé ce lundi, une dizaine de centres de vaccination en France. Pour certains, le numéro sonne invariablement occupé. Chez d’autres, les réservations ont ouvert parfois tardivement, comme au dispensaire Emile-Roux à Clermont-Ferrand, qui propose depuis le 21 juillet une « quarantaine » de créneaux par semaine pour répondre « à une forte demande ». Mais les problèmes du plan de vaccination ne touchent pas seulement la prise de rendez-vous.

Y a-t-il assez de doses ?

Dans son communiqué, l’Inter-LGBT assure que les livraisons de doses de vaccin sont « insuffisantes » et les circuits d’approvisionnement « désorganisés ». Au centre de Clermont-Ferrand, on nous explique que « les modalités actuelles de livraison de vaccins ne permettent pas de planifier les rendez-vous au-delà d’une semaine ». Sous couvert d’anonymat, deux autres centres de vaccination nous expliquent que les doses de vaccins commandées « il y a une semaine [ne sont] pas encore arrivées ». « Ça a mis du temps, mais normalement, les vaccins arrivent demain, nous indique l’un d’entre eux. Mais il y a une grosse liste d’attente. »

Le 22 juillet dernier, le cabinet du ministère de la Santé assurait avoir déstocké 30.000 doses de vaccin. Un nombre « insuffisant » lance Act Up-Paris, au vu « des 300.000 personnes exposées qui devront avoir une à trois injections ». Même avis du côté de la Mairie de Paris. Selon l’adjointe (EELV) à la santé Anne Souyris, il en faudrait dix fois plus pour vacciner préventivement toutes les personnes à risques en Ile-de-France.

Ce lundi, la Commission européenne a approuvé l’extension du vaccin du groupe pharmaceutique Bavarian Nordic contre la variole du singe. L’annonce pourrait laisser entendre qu’il y a aura donc plus de vaccins, mais il n’en est rien. En effet, cet antivariolique a déjà l’autorisation pour être administré en France depuis 2013. « Cette extension va servir à d’autres pays, mais pas à nous », souligne-t-on dans un Cegidd (Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic), avançant que la fabrication du vaccin par le laboratoire danois ne peut pas aller aussi vite que la production d’un ARN messager par exemple.

Les centres peuvent-ils répondre à la demande ?

Une fois encore, le système de santé français pourrait être mis face à son manque de moyens. Si dans certains centres comme à Alençon on nous assure que « la vingtaine de rendez-vous » pour des vaccins contre la variole du singe va pouvoir être assurée, cela pourrait être plus compliqué ailleurs. « Le nombre de soignants pouvant vacciner n’est pas suffisant et la période estivale n’arrange rien », lance Act Up-Paris. Par ailleurs, « tous les hôpitaux n’ont pas forcément de pharmacies capables de stocker le vaccin qui nécessite d’être conservé à -80 degrés », nous explique-t-on dans un autre Cegidd.

A Paris, la mairie a réclamé ce lundi des « mesures d’urgence » de l’Etat pour obtenir plus de personnel vaccinant dans la région capitale qui recense près de la moitié des cas confirmés en France. Selon Anne Souyris le recrutement de 13 personnes à temps plein pourrait permettre d’injecter 4.000 doses par semaine, contre environ 2.500 la semaine passée, hôpitaux de Paris et centres municipaux confondus.

Sur quels points le gouvernement a-t-il encore du chemin à faire ?

L’Inter-LGBT attend du gouvernement « une prévention accrue, factuelle et non jugeante, auprès des personnes exposées, alors que trop de retard a été pris par frilosité, laissant l’épidémie courir ». Même demande du côté d’Act Up qui demande que l’accès à l’information se fasse « à l’échelle de l’ensemble du territoire métropolitain et ultramarin, y compris en zone rurale ».

L’association de lutte contre le VIH/Sida exige également la « libéralisation de l’accès au vaccin » et demande tout comme Aides de « donner la possibilité aux pharmacies et aux médecins libéraux de vacciner » contre la variole du singe. « Un volet social doit être pensé pour permettre aux travailleurs [et travailleuses] du sexe les plus précaires de ne pas travailler lorsqu’ils sont touchés par le virus », ajoute-t-elle.