La dépression n’aurait rien à voir avec un manque de sérotonine, selon une étude polémique

SANTÉ MENTALE Les auteurs de cette étude soupçonnent en conséquence les antidépresseurs d’avoir un simple effet placebo

20 Minutes avec agence
L'utilité des médicaments et antidépresseurs agissant sur le niveau de sérotonine dans le cerveau est donc remis en cause pour traiter la dépression. (illustration)
L'utilité des médicaments et antidépresseurs agissant sur le niveau de sérotonine dans le cerveau est donc remis en cause pour traiter la dépression. (illustration) — stevepb / Pixabay

C’est un coup de tonnerre dans le milieu de la psychiatrie. Une nouvelle étude publiée mercredi dans la revue Molecular Psychiatry remet en cause le lien entre la dépression et le faible taux de sérotonine dans le cerveau, rapporte New Scientist.

Sur la base d’une analyse de 17 études sur le sujet, les chercheurs ont remis en cause cette théorie, largement acceptée dans la communauté scientifique et médicale depuis les années 1960. Jamais encore le lien entre la dépression et le déséquilibre chimique dans le cerveau, dont le manque de sérotonine, n’avait été remis en cause, note Slate.

Beaucoup de scepticisme chez les psychiatres

Selon la psychiatre anglaise Joanna Moncrieff, qui a dirigé cette étude, son équipe n’a relevé aucune preuve qu’une faible quantité de sérotonine dans le cerveau cause une dépression chez le patient. Cela questionne l’utilisation d’antidépresseurs, notamment ceux de la catégorie ISRS, dont un des effets est justement d’augmenter le taux de sérotonine.

« La conclusion de notre article est que nous ne savons pas à quoi servent les antidépresseurs ISRS », résume la chercheuse. « L’une des possibilités serait qu’ils agissent par le biais d’un effet placebo. » L’étude a cependant été accueillie avec méfiance par la communauté scientifique, estimant que son cadre n’était pas fiable.

Plusieurs types de dépressions

L’étude en question ne fait par exemple pas de distinguo entre les patients souffrant de dépression chronique et ceux souffrant d’épisodes dépressifs. Paul Albert, neuroscientifique canadien, convient cependant que la sérotonine « n’est probablement qu’un des facteurs » causant la dépression.

Le Royal College of Psychiatrists a de son côté tranché la question en arguant que « l’efficacité des antidépresseurs varie selon les personnes et les raisons en sont complexes ». Tous les experts et les psychiatres en ont en tout cas encouragé les patients à ne surtout pas interrompre leur traitement sur la seule base de cette étude polémique.