Non, le Samu ne va pas passer par Doctolib pour amener un patient aux urgences cet été

FAKE OFF Selon Nicolas Dupont-Aignan, le Samu va devoir prendre rendez-vous sur Doctolib pour amener un patient aux urgences. Il s'agit d'une interprétation erronée d'une des mesures de la mission flash du Docteur Braun

Romarik Le Dourneuf
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Pour désengorger les urgences, le plan
Pour désengorger les urgences, le plan — Jacques Witt/SIPA
  • Le député de l’Essonne Nicolas Dupont-Aignan a posté une vidéo sur Twitter dans laquelle il s’offusque de la prétendue future utilisation obligatoire de Doctolib par les médecins urgentistes.
  • La mission flash commandée en juin par le gouvernement à François Braun avant qu’il ne devienne ministre de la Santé, avait pour but de fournir des recommandations à même de soulager l’hôpital durant l’été.
  • L’une de ces recommandations consiste à créer une plateforme permettant aux urgentistes et aux médecins du Samu d’orienter les patients qui ne nécessitent pas un passage aux urgences vers la médecine de ville.

Après la polémique Uber, une polémique Doctolib ? C’est ce qu’affirme Nicolas Dupont-Aignan dans une vidéo postée sur son compte Twitter le vendredi 8 juillet. Selon l’ancien candidat à la présidentielle, les médecins du Samu et les urgentistes devront bientôt passer par la plateforme française pour acheminer leurs patients jusqu’aux urgences.

« Le ministre de la Santé propose que le Samu passe par Doctolib pour savoir s’ils peuvent emmener un malade aux urgences. […] Dorénavant, le Samu devra attendre sur un parking de savoir si sur Doctolib, site privé, il y a une place à l’hôpital public. » Alarmiste et inquiétant, le message a fait écho sur le réseau social. Il est pourtant erroné.


FAKE OFF

S’il ne l’exprime pas explicitement, le député de l'Essonne réagit sans doute à une intervention su CNews de Christophe Prud’homme, médecin urgentiste et porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF). Plus tôt dans la journée, il s’était élevé contre « une nouvelle invention » du ministre de la Santé : avoir « un compte Doctolib pour pouvoir répondre aux patients en leur donnant une éventuelle plage disponible » sur le site.

En reprenant cet argumentaire, Nicolas Dupont-Aignan fait fausse route et semble détourner un des points évoqués par la « mission flash », commandée avant l’été par le premier gouvernement Borne à François Braun. Alors président du conseil d’administration de l’organisation Samu Urgences de France – avant d’être nommé ministre de la Santé –, le docteur Braun avait pour mission de présenter ses recommandations pour soulager l’hôpital à très court terme.


Le nouveau ministre de la Santé a affirmé, dimanche dernier, avoir donné instruction aux Agences régionales de Santé (ARS) de déployer ces mêmes recommandations.

« Mieux réguler les admissions en service d’urgence »

Dans son rapport de 60 pages, remis le 30 juin au président, le nouveau ministre évoque notamment le cas des admissions aux urgences de personnes prises en charge par le Samu à la recommandation n°23 : « Mieux réguler les admissions en service d’urgence, soit à l’entrée du service, soit par la régulation médicale préalable par le Samu/SAS. » Pas de traces de Doctolib.

Interrogé par 20 Minutes, le cabinet du ministre de la Santé et de la Prévention le confirme : « Il n’a jamais été prévu de prise de rendez-vous pour les patients emmenés aux urgences par le SAMU. Les patients nécessitant un transport vers les urgences seront toujours emmenés dans un service d’urgences selon les procédures usuelles. »

Une plateforme pour orienter les patients vers la médecine de ville

En revanche, les Services d’Accès aux Soins (SAS) - médecins du SAMU ou urgentistes - pourront orienter les patients vers des prises en charge en médecine de ville lorsque leur état de santé ne justifie pas un recours aux urgences au vu de l’appréciation du médecin régulateur. Ce nouveau système implique que les SAS aient « une visibilité sur les médecins pouvant accueillir ces patients en dehors de leur patientèle habituelle ». Et pour identifier les créneaux disponibles, les urgentistes peuvent utiliser tous les moyens disponibles, notamment via une plate-forme numérique actuellement développée par l’État, « interfacée avec plusieurs sites de prise de rendez-vous ».

Si le ministère ne nomme pas Doctolib, le Samu Urgences de France nous confirme que la plateforme française fait partie de celles intégrées à « l’agrégateur de rendez-vous », en cours de réalisation. Si de nombreux soignants ne voient pas cette mesure d’un très bon œil, arguant que le problème ne serait que déplacé, les autorités sanitaires la justifient par un besoin de gagner du temps et par le fait qu’elle est destinée à aider les personnes en difficulté numérique.

De plus, le ministère rappelle que ces mesures ne sont que temporaires, pour une période déterminée de trois mois. Ce « plan été » fera l’objet d’une évaluation tout au long de son déploiement. « L’effet des mesures sera précisément mesuré […] avant d’envisager, le cas échéant, leur pérennisation ou leur généralisation par des mécanismes "traditionnels". »